La dernière ligne droite

par Sergyl Lafont dans Le Salon Beige. 23 juin 2026.

Par slafont le 23 juin 20260 commentaire / 256 vues

La dernière ligne droite

illustration: « Près du lit de mort » (Ved dødssengen), Edvard Munch, 1894.
Les proches sont debout, impuissants. Le mourant est hors-champ. Son visage est invisible. Le tableau de Munch répond d’avance à la loi : le mourant est déjà effacé.

« Personne ne vous obligera à mourir. » Cette promesse est fausse. Le 15 juillet, vous voterez peut-être la mort de quelqu’un. Peut-être la vôtre. On vous parle de liberté, de progrès, de dignité. Des mots de professionnels de la communication.

On vous rassure : des conditions strictes encadreront la loi. Maladie incurable, souffrance réfractaire, capacité de discernement. Des délais, des avis multiples. On vous cite les Pays-Bas, la Belgique, le Canada. Des pays civilisés, disent-ils.

Mais posons-nous la question autrement : dans ces pays, les protocoles ne se sont-ils pas assouplis d’année en année ? Ce qui commençait comme une « exception ultime » ne devient-il pas, avec le temps, une solution ordinaire ? La pente glissante n’est pas une théorie. C’est un fait clinique. Le Canada vient de prendre peur de sa propre loi : dix ans après avoir légalisé l’euthanasie, un comité parlementaire recommande d’exclure indéfiniment les malades mentaux, jugeant impossible de distinguer un désir de mourir d’une souffrance qu’on peut soigner. Les Pays-Bas, eux, l’administrent déjà à des patients déments qui ne peuvent plus confirmer leur consentement.

Alors oui, la loi française aura des garde-fous. Au début.

Le mirage du consentement
Le médecin qui entrera vous connaît. Il vous soigne depuis des mois. Il a porté vos angoisses et celles de votre famille. Ce jour-là, la loi l’autorisera à faire ce que la médecine s’était toujours interdit : provoquer délibérément la mort.

Vous imaginez que ce sera votre choix. Mais quand la douleur occupera tout l’espace, quand l’épuisement aura brisé vos défenses, quand vous lirez dans les yeux de vos proches, usés par des semaines de veille, ce souhait muet que « tout cela finisse »… Serez-vous vraiment libre ? Saurez-vous faire la différence entre le désir de mourir et l’immense besoin que la douleur s’arrête ?

On vous parle de « capacité de discernement ». Mais le discernement a-t-il jamais résisté à des nuits blanches de souffrance ? À la morphine ? À la fatigue de vivre ?

La clause de conscience : un leurre
On vous promet que les médecins pourront refuser. C’est un miroir aux alouettes. Le texte est écrit : le médecin pourra refuser l’injection létale. Mais il aura l’obligation légale d’orienter le patient, de fournir les pièces, de guider la démarche vers un confrère plus conciliant.

On lui retire le droit de dire « Non ». On lui accorde seulement le droit de dire : « Pas moi, mais je vous livre le nom de celui qui va le faire. » Cette collaboration forcée vide la liberté de conscience de sa substance. Le médecin n’est plus un refuge. Il est le premier maillon de la chaîne.

La question que les députés esquivent
Dans quel autre domaine de l’existence la réponse à la détresse consiste-t-elle à supprimer celui qui appelle à l’aide ?

• Un enfant coule à l’école : on l’accompagne.
• Un homme sombre dans la dépression : on le soigne.
• Un vieillard meurt de solitude : on lui rend visite.

Pourquoi la mort deviendrait-elle le soin ultime du mourant ?

On vous répondra : « Les soins palliatifs ne répondent pas à toutes les souffrances. » C’est vrai. Mais parce qu’une solution est imparfaite, doit-on la remplacer par une seringue ? Parce que la présence est exigeante, doit-on choisir l’absence définitive ?

Les soins palliatifs réclament du temps, de la présence, de l’argent, de l’épaisseur humaine. Ils n’offrent pas le spectacle d’une solution instantanée en un coup de piston. Mais ils restent humains parce qu’ils refusent de confondre l’anesthésie définitive avec la thérapeutique.

Une rupture de civilisation
Le 15 juillet, le vote ne portera pas sur un aménagement technique de la fin de vie. Ce sera une rupture. La société ne demandera plus à la médecine de protéger la vulnérabilité, mais d’administrer la disparition de ceux qui coûtent ou qui pèsent. La valeur de la vie humaine ne dépendra plus de son existence, mais de son utilité sociale ou de son coût.

On vous dira : « La liberté, c’est choisir sa mort. » La vraie liberté, c’est de pouvoir compter sur une société qui ne vous abandonne pas quand vous êtes à bout de forces.

Ce que vous pouvez faire

Il vous reste, avant le verdict du 15 juillet, un acte de résistance : diffusez ce texte, transmettez-le à vos proches, mais surtout à votre député. Un parlementaire ne vote pas en fonction de la vérité d’un dossier : il vote en fonction du bruit qui monte de sa circonscription. C’est ainsi qu’il garde son siège. Faites-lui savoir qu’un vote sur la vie ne s’oublie pas un jour d’élection. Écrivez-lui, interpellez-le par courriel ou sur ses réseaux sociaux, joignez-lui ces lignes — avant que le vote ne scelle ce que nous choisissons de faire de notre humanité commune.

Que chacun vote, mais que personne ne feigne l’ignorance. Derrière la rhétorique lissée de l’« aide à mourir », il y aura un homme affaibli, une famille à bout de bras, un médecin acculé.

Et cette question que le silence des cimetières ne résoudra jamais :
« Est-ce ma volonté qui s’est exprimée, ou la suggestion d’une société qui me faisait comprendre que je n’avais plus ma place ? »

VOUS POUVEZ MAINTENANT DIFFUSER CE TEXTE ET L’ENVOYER À VOTRE DÉPUTÉ.
Avant le 15 juillet. Avant que le vote ne scelle ce que nous choisissons de faire de notre humanité commune.

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