Recours à Mgr Ulrich contre l’usage de lieux de culte catholiques par la « Nuit Blanche »

Grégor Puppinck sur X 6 juin 2026.

Recours adressé à

@MgrUlrich

, archevêque de Paris,

@dioceseparis

, contre l’autorisation de l’usage profane de certains lieux de culte catholiques à l’occasion de la Nuit Blanche 2026. Compte tenu de l’urgence et du caractère public du scandale occasionné, ce « recours » vous est adressé publiquement, afin de rappeler et de faire connaître aux catholiques les règles de droit canonique qui gouvernent l’Eglise en la matière, et qui les protègent contre les usages « inappropriés » de leurs lieux de culte.

Monseigneur,

Les 6 et 7 juin prochains aura lieu, à Paris, la « Nuit Blanche 2026 ».

Placé sous la direction de l’activiste Barbara Butch, connue pour avoir outragé publiquement l’image de la Sainte Cène lors des JO de Paris, cet événement est présenté par le site officiel de la Ville de Paris (

parisjetaime.com

) comme une « grande fête de l’amour », pensée comme « un acte d’engagement pour célébrer le rassemblement, la diversité et la joie d’être ensemble ».

Les « propositions artistiques » prévues dans le cadre de la Nuit Blanche comprennent un ensemble de « projets collaboratifs », d’« installations » et de performances », dont plusieurs auront lieu dans des lieux de culte catholiques de Paris, comme les églises Saint-Laurent (10e arrondissement), Notre-Dame des Blancs-Manteaux (4e), Saint-Denys-du-Saint-Sacrement (3e), Saint-Séverin (5e), Saint-Louis d’Antin (9e), Saint-Louis-en-l’Île (4e), Saint-Eustache, ou encore la chapelle Saint-Lazare (10e).

Le canon 1210 du code de droit canonique de 1983 (CIC 83) dispose ce qui suit :

« Ne sera admis dans un lieu sacré que ce qui sert ou favorise le culte, la piété ou la religion, et y sera défendu tout ce qui ne convient pas à la sainteté du lieu. Cependant l’Ordinaire peut permettre occasionnellement d’autres usages qui ne soient pourtant pas contraires à la sainteté du lieu. »

Il résulte de ce canon que l’Ordinaire, c’est-à-dire habituellement l’évêque du lieu, peut autoriser occasionnellement des usages profanes dans un lieu sacré à la condition que ces usages ne soient pas contraires à la sainteté du lieu.

La Signature apostolique a validé à plusieurs reprises les recours de fidèles ou de prêtres contre des évêques qui avaient autorisé des événements culturels jugés incompatibles. La Signature rappelle qu’une église n’est pas une « salle des fêtes » ou un « auditorium public » interchangeable, et que l’intérêt culturel ou financier du diocèse ne prime jamais sur la nature sacrée de l’autel et du tabernacle. Dans la sentence Prot. N. 24874 / CA (Recours contre une décision diocésaine d’autorisation de concert), la Signature Apostolique a annulé l’autorisation d’un évêque qui avait permis un concert de musique purement profane dans la nef d’une église paroissiale.

Ainsi, par la sentence du 4 mai 1996 (Cad. Agustoni), la Signature a explicité la notion d’usage profane. Elle a jugé que l’usage ponctuel abusif d’une église à des fins culturelles répétées sans but religieux (comme un festival annuel de théâtre profane) équivaut à une dénaturation de fait de l’édifice, ce qui viole le droit des fidèles à disposer d’un lieu exclusivement dédié à la prière.

Dans un document du 5 novembre 1987, intitulé « Les concerts dans les églises » , la Congrégation pour le Culte divin a rappelé ce qui suit, en matière de concert :

« « Il n’est pas légitime de programmer dans une église l’exécution d’une musique qui n’est pas d’inspiration religieuse et qui a été composée pour être exécutée dans des contextes profanes précis, qu’elle soit classique ou contemporaine, d’un haut niveau ou populaire : cela ne respecterait ni le caractère sacré de l’église ni l’œuvre musicale elle-même, qui serait exécutée dans un contexte qui ne lui est pas naturel. »

Enfin, le CIC 83 considère que l’utilisation d’un lieu sacré pour un tel usage profane constitue un délit canonique : « Qui profane une chose sacrée, meuble ou immeuble, sera punie d’une juste peine ».

Or, dans le cas d’espèce, les propositions artistiques qui auront lieu dans certains de ces lieux de culte pourraient apparaître comme contraires à la sainteté des lieux en cause, au sens du canon 1210.

Ainsi, dans l’église Saint-Eustache, il est prévu que soit exposé une œuvre organique monumentale (190×255 cm), « KoreKore : Handwriting 1 », de l’article zimbabwéen Moffat Takadiwa, à savoir une sculpture entièrement tissée à partir de déchets comme des touches de claviers d’ordinateurs, des brosses à dents, des peignes, etc…

La démarche de cet artiste est ainsi présentée, sur le site

sortiraparis.com

« [I]l interroge surconsommation, inégalités et enjeux environnementaux, tout en s’inscrivant dans une démarche communautaire. Il collecte dans des décharges des déchets et rebuts issus du monde occidental : touches d’ordinateur, brosses à dents, peignes… Il s’entoure pour son travail de jeunes qu’il rémunère et qui l’assistent. Les assemblages qu’il conçoit font naître des tapisseries précieuses qui magnifient ce qui devait être abandonné. Son œuvre exprime également ses rapports à l’histoire du colonialisme et ouvre sur une dimension écologique. »

L’église Saint-Séverin doit accueillir une « installation sonore », intitulée Fluid Synth, réalisée par Alan Affichard, et composée de pièces en verre et en céramique à travers lesquelles l’air et l’eau sont utilisés pour produire et diffuser du son.

Selon le site

sortiraparis.com

décrit la portée de l’œuvre :

« Entre fragment archéologique et laboratoire sonore, l’œuvre associe science et artisanat, explorant les diverses utilisations de la terre cuite ainsi que d’outils de laboratoires comme technologies de réfrigération. À l’instar des filtres et compresseurs d’un synthétiseur modulaire, le son est ici considéré comme un phénomène vibratoire physique qui se propage à des vitesses variées à travers différentes matières, tantôt solides, liquides ou gazeuses. Il s’agit ici d’écouter ce qui résiste à la matière, ce qui s’y perd, ce qui résonne et d’en expérimenter les limites et les points de rupture comme méthode d’écriture musicale et de composition. »

La chapelle de l’hôpital Tenon va être le lieu de « Jungle Haletante », une « installation cinétique et sonore immersive », conçue par l’artiste Stéphane Blanquet.

Cette œuvre est ainsi présentée par

sortiraparis.com

:

« Conçue à l’échelle humaine, l’installation investit pleinement l’architecture unique de la chapelle pour immerger les spectateurs dans une expérience sensorielle troublante, à la frontière du rêve et de la réalité. Stéphane Blanquet déploie son univers peuplé de figures hybrides : sculptures peintes en noir et blanc, mêlant silhouettes humaines et créatures mythiques ou fantastiques. Les motifs oniriques s’y entrelacent, favorisant la projection intime des visiteurs dans un paysage mental en mouvement, comme une invitation au cœur des visions nocturnes de l’artiste.

Le dispositif visuel repose sur un jeu de lumières noires, de projections et de miroirs qui fragmentent et démultiplient les formes. Les volumes vibrent, se déforment et s’animent dans une dynamique quasi hypnotique, plongeant les spectateurs dans une perception instable du réel, comme filtrée par un état de rêve. Cette dimension cinétique donne à l’ensemble une respiration propre, presque organique.

À cette immersion visuelle s’ajoute une création sonore émise depuis les voûtes de la chapelle : souffles, chuchotements, grincements et résonances métalliques mêlés à des sons organiques anamorphosés. Cette matière sonore, diffuse et mouvante, amplifiée par l’architecture du lieu, renforce la perte de repères et prolonge l’expérience sensorielle, invitant les spectateurs à une exploration intérieure où le réel bascule dans un imaginaire dense et troublant. »

Il suffit de lire les descriptions de ces œuvres, telles que rappelées ci-dessus, pour nourrir un doute sérieux concernant la conformité de celles-ci avec la sainteté des lieux concernés, indépendamment même de leur qualité artistique.

Puisque, conformément au canon 1210, l’Ordinaire a compétence pour permettre des usages profanes d’un lieu de culte, il y a lieu de présumer que vous avez, en votre qualité d’archevêque de Paris et, donc, d’Ordinaire, accordé l’autorisation pour que ces propositions artistiques puissent avoir lieu dans les lieux de culte catholiques parisien.

En conséquence, nous vous demandons respectueusement, en vertu du canon 1734 § 1 du code de droit canonique, de retirer ces autorisations ou, à tout le moins, en raison de l’urgence, de surseoir à l’exécution de celles-ci.

Je vous prie de recevoir, Monseigneur, l’expression de notre haute considération.

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