Par Salon Beige le 12 mai 2026
De Roland Hureaux, ancien haut fonctionnaire, pour le Salon beige:
Contrairement à ce que tente de nous faire croire le gouvernement, l’euthanasie est une question politique et non pas technique.
Techniquement, la loi Léonetti résout l’essentiel des problèmes. C’est l’idéologie et elle seule qui a réouvert le dossier. Derrière les débats parlementaires, il y a l’acharnement du président Macron, via ses relais, à faire passer sa loi tendant à légaliser l’euthanasie en France.
Plusieurs raisons à cela.
D’abord, comme tous les présidents, il veut laisser une « œuvre », même s’il s’agit d’une œuvre de mort. La mort, visiblement, le fascine, comme on le voit aussi à son insistance à vouloir préparer les Français à entrer un jour en guerre, à envoyer nos troupes en Ukraine, au Groenland ou ailleurs. Il est plus prudent, heureusement, sur l’Iran.
Il est pressé : il n’a plus que quinze mois pour agir, si tout va bien pour lui, c’est-à-dire s’il va jusqu’au bout de son mandat. Son « œuvre » ne doit plus attendre.
Or l’instauration de l’euthanasie figurait dans le programme qu’il avait présenté aux Français en 2017. Ce qui ne l’avait pas empêché de recueillir une partie importante du vote catholique, pas toujours éclairé. Disant cela, nous ne voulons pas laisser croire que l’euthanasie serait une question religieuse. Elle ne l’est pas. Elle est une question anthropologique. Une société ne survit qu’en tenant la mort à distance, ce qui passe par le maintien d’interdits ancestraux. Qu’une telle loi vienne en discussion au moment même où la natalité française s’effondre comme jamais n’est sûrement pas un hasard. L’instinct de mort est là.
Pas davantage, il ne s’agit d’une question de conscience. C’est du bien public, du bien objectif de la cité qu’il s’agit et non de telle ou telle doctrine morale ou religieuse.
Mais il y a une autre raison à l’obstination de Macron, plus politique. Avec sa dissolution calamiteuse (que fait-il encore qui ne soit pas calamiteux ?), il s’est retrouvé avec une chambre sans majorité, incapable de s’entendre sur quoi que ce soit.
Après tant de revers, et principalement la difficulté à faire adopter ses budgets par le Parlement ou les déboires successifs de ses gouvernements, Macron veut montrer qu’il a toujours la main, qu’il conserve, malgré tout, la confiance de la classe politique.
Seuls les premiers ministres peuvent poser une question de confiance. Ils ne s’y risquent guère ces temps-ci !
Pour le président, faire adopter par le Parlement un projet emblématique comme l’euthanasie vaudra, s’il est adopté par le Sénat, motion de confiance.
C’est ainsi, en tous les cas, que l’opinion le percevra. Qu’un tel vote aille à rebours de son sentiment actuel sur l’action du président ne pourra être que mal ressenti par les nombreuses catégories sociales qui souffrent de la situation actuelle et qui préféreraient sans doute que les Assemblées ne lui apportent pas leur soutien et, si possible, s’occupent d’autre chose.

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