Interview de Marie-Estelle Dupont à propos de la GPA ( interview par l’abbé Matthieu Raffray le 26 avr. 2026 sur la chaine Youtube « Pour une Foi »). Retranscription à partir de 51’55.
Abbé Raffray : ..vous parlez de la GPA, c’est l’un de vos combats, enfin de ces derniers temps. Pour vous, qu’est-ce qui est le plus terrible dans la GPA qui est le plus terrible dans la GPA ?
Marie-Estelle Dupont : D’abord, c’est que l’on programme sciemment qu’à l’instant où il va voir le jour, un enfant sera arraché au ventre qu’il a porté. C’est-à-dire que pour moi, il y a quand même une grande différence entre réparer un abandon par l’adoption, et concevoir un enfant dans le but de le séparer du ventre maternel, des battements cardiaques de sa mère, de la chaleur du corps de sa mère.
Je ne comprends pas comment il est possible de prétendre, dans une société libérale, progressiste, féministe, blablabla, égalitaire, inclusive, que utiliser l’utérus d’une femme comme un appartement Airbnb et vendre un enfant ne soit pas de l’esclavage. On parle de louer une femme et de vendre un bébé. Un bébé pour qui évidemment la notion de consentement est tout à fait nulle, et une femme pour qui la notion de consentement est tout à fait nulle parce qu’il y a quelque chose qui s’appelle la fabrique du consentement, et que vous ne verrez jamais une avocate qui gagne 20 000 balles par mois avoir envie de porter des bébés en étant payée.
Donc ce sont évidemment des femmes qui sont dans une profonde misère, qui ont d’ailleurs des taux d’idées suicidaires très élevés après parce qu’elles ont honte vis-à-vis de leur communauté d’avoir gagné leur vie comme ça. Que les liens d’attachement qui se tissent, notamment le chimérisme materno-fœtal qu’on connaît depuis les années 60, à savoir que les cellules du bébé restent, certaines cellules restent dans le corps de la mère pendant 27 ans, font que cette séparation peut être a priori envisageable et a posteriori extrêmement mal vécue, et donc il y a des taux de dépression et de suicide chez ces femmes très importants.
Et donc quand on voit toutes les connaissances qu’on a aujourd’hui en embryologie, sur l’attachement, sur ce qui se passe… Quand je vois que les musiques que j’ai écoutées enceinte, ou les aliments que j’ai mangés préférentiellement parce que j’avais des nausées et que c’était les aliments qui me donnaient le moins envie de vomir, aujourd’hui ça fait partie des… du fond psychique de mes enfants qui aiment ces morceaux de musique, qui s’endorment sur ces morceaux de musique dans la voiture, qui aiment ces aliments… Prétendre d’un côté, dans les cabinets d’obstétrique, dire aux femmes : « Vous ne faites pas ci, vous ne passez pas ça, vous ne prenez pas tel médicament, vous ne mangez pas de sucre, vous ne prenez pas la voiture, vous ne prenez pas trop le train », et à côté de ça, ensuite, dire : « Bah, au moment où il naît, il est séparé du ventre qu’il a porté, ce lien n’a jamais existé », je veux dire, c’est un délire absolument abominable.
Et aucune belle histoire qu’on raconte dans les médias ne peut nier ces évidences qui sont scientifiques, qui ne sont pas morales. Pour moi, la GPA ce n’est même pas des questions morales, c’est des questions d’impossibilité sur le plan scientifique. Sur le plan juridique, aucun contrat de travail ne peut stipuler qu’une employée, pendant 9 mois et même les semaines avant, est corvéable à merci, que sa sexualité, ses déplacements, son alimentation sont contrôlés. Enfin, je veux dire, ça n’a absolument aucun sens. Quand vous lisez des contrats de GPA, c’est à vomir. C’est à vomir. Celui qui utilise le ventre de cette femme a moins d’obligation que vous quand vous prenez un Airbnb à l’île de Ré pendant les vacances, quoi.
Abbé Raffray : Il m’est arrivé de rencontrer, complètement par hasard, un monsieur qui était très heureux de m’annoncer qu’il avait eu un enfant, qu’il l’avait fait tout seul. Alors je lui ai dit que ça n’existait pas, et donc on a eu une discn peu houleuse parce que moi je n’arrivais pas… enfin c’est compliqué, hein, de rester.
Marie-Estelle Dupont : Mais il n’aurait pas été conçu en fait, cet enfant. Ça ne tient pas son argument. Ça c’est vrai dans le cas de l’adoption, mais d’ailleurs dans le cas de l’adoption on ne paye pas.
Abbé Raffray : Et alors, je lui ai dit : « Vous avez utilisé le ventre d’une femme », il me dit : « Bah elle était consentante, donc ça c’est suffisant ». Et : « Puis vous avez arraché l’enfant à sa mère », lui me répond : « Bah tout ça c’est le même consentement que celui d’une femme qu’on viole après l’avoir alcoolisée ». Il n’y a pas de consentement dans la GPA. La femme, elle est dans la misère.
Marie-Estelle Dupont : Et puis on voit comme un pur produit marchand une mentalité… et d’ailleurs j’ai toujours trouvé ça très étonnant que les gens de gauche qui sont contre, évidemment, l’esclavage, mais contre l’exploitation des corps et cetera… je ne vois pas pourquoi les gens de gauche ne sont pas vent debout contre la GPA. Olivia Maurel elle en parle très bien, elle est porte-parole de la déclaration de Casablanca qui milite pour l’abolition universelle de la GPA, elle a dit : « Mais je crois que les gens qui relativisent ça n’ont aucune conscience du marché que ça représente, des milliards de dollars que ça représente, des fermes à bébés où les femmes sont inséminées dans un pays, partent accoucher dans un autre, parfois ne touchent jamais l’argent parce qu’entre-temps le couple n’en a plus envie, on les force à avorter à leurs frais dans des conditions abominables ». Enfin c’est le nouvel esclavage en fait, c’est l’esclavage moderne.
Abbé Raffray : Et quand vous dites ça, vous êtes écoutée, entendue ?
Marie-Estelle Dupont : Ben je suis écoutée, je suis évidemment insultée par tous les militants pro-GPA. Je suis parfois interpellée par des femmes qui me disent : « Mais oui, mais moi j’ai eu un cancer, donc je suis stérile et cetera ». Et moi encore une fois, j’adore mes enfants donc j’ai beaucoup de peine pour les femmes qui ne peuvent pas enfanter, mais aucun couple en espérance d’enfant parce qu’il a des problèmes d’infertilité et cetera, qui sont venus me voir en consultation, ne m’ont parlé de GPA. Ils m’ont dit : « Ce qu’on voudrait, c’est qu’il y ait moins d’avortements et que la possibilité pour des femmes existe, quand elles n’ont pas envie de garder l’enfant, qu’on se rencontre plus facilement avec des plateformes et qu’on recueille l’enfant, que l’adoption soit facilitée, que… que voilà, qu’on ait plus d’informations aussi sur l’infertilité masculine… » Enfin… Mais je crois pas que notre souffrance… parce que dans ces cas-là, sous prétexte que j’ai souffert avec ma mère, ça justifierait que je maltraite mes enfants. Le fait qu’on souffre parce qu’on a une maladie, parce qu’on a l’impossibilité de concevoir un bébé, c’est profondément triste et c’est un très grand deuil que beaucoup de gens peut-être ne comprennent pas, mais ça n’autorise pas à louer une femme, ça n’autorise pas à la réduire au rang d’esclave, ça n’autorise pas à nier la dignité sacrée de l’enfant et la dignité absolue d’un bébé, et surtout son immense vulnérabilité qui nous met en position de responsabilité vis-à-vis de lui. Vous imaginez comment on fait un arbre généalogique quand on est un enfant né de GPA ? Alors, on a le don d’ovocytes parce que ce n’est pas les ovocytes de la mère porteuse, et puis on a la mère d’intention, ou alors les deux pères d’intention parce qu’en fait il n’y a pas de mère d’intention parce que c’est un couple d’hommes…
Abbé Raffray : C’est un peu compliqué. C’est même pas un père, c’est un parent 1 et un parent 2.
Marie-Estelle Dupont : Oui, c’est un parent 1 et un parent 2, évidemment. Donc c’est un peu compliqué l’arbre généalogique, et là on voit bien cette tentation de l’homme contemporain d’être dans un vertige narcissique de toute-puissance où en fait même cette question de l’arbre généalogique n’existe plus.
Abbé Raffray : Non, bien sûr, c’est… moi je vais même plus loin, c’est l’homme qui se prend pour Dieu, qui veut manipuler la vie, qui veut créer comme Dieu seul peut créer. Donc ça fait… c’est toute l’histoire de Prométhée, Frankenstein et cetera, on crée forcément des monstres, enfin des monstres dans le sens où c’est quelque chose de monstrueux, évidemment celui qui est le résultat d’une GPA il n’est pas coupable et c’est encore plus difficile pour lui… On crée de la souffrance, c’est ça que je dis, on crée de la souffrance. Bien sûr. Et… mais comment… comment on va s’en sortir ?
Marie-Estelle Dupont : On va s’en sortir en faisant chacun ce qui est en notre pouvoir. C’est-à-dire, je crois que ce constat ne doit pas nous paralyser, nous mettre dans le désespoir, parce que c’est justement la perte de l’espérance qui condamne notre société. Donc si on se dit : « Oui, le constat est préoccupant », parce qu’à cette perte d’espérance s’ajoute aussi la baisse de l’instruction, et un enfant qui n’a pas de connaissance est un enfant manipulable, et on voit bien comment l’idéologie est en train de prendre la place du savoir… Je crois que si on fait déjà chacun à notre niveau ce qu’on peut autour de nous en montrant l’exemple, en nourrissant les jeunes générations, en leur donnant envie de grandir au lieu d’être des adultes complètement geek… euh… gothiques, qui veulent surtout pas vieillir,…

Laisser un commentaire