Par Michel Janva le 29 avril 2026 Le Salon Beige.
Aux Etats-Unis, des start-up se lancent dans le développement de techniques d’édition du génome d’embryons humains, avec l’objectif déclaré de prévenir des maladies génétiques graves.
Les essais cliniques de modification héritable du génome, qui serait donc transmissible à toute la descendance, sont proscrits aux Etats-Unis et dans les 35 pays signataires de la convention d’Oviedo de 1997, dont la France.
Dax, né en Californie d’une mère porteuse, a été sélectionné pour ses gènes prometteurs. Son “père”, qui l’a commandé explique :
“Les données indiquent pour lui une taille de 1m92 et prédisent un QI de 146, ce qui est franchement pas mal, ainsi qu’une espérance de vie supérieure de près de deux ans à la moyenne”.
Cet informaticien et son conjoint ont donc choisi, sur différents critères, l’embryon qu’ils jugeaient comme le meilleur des embryons parmi les 12 fécondés et dont les gènes ont été analysés :
“Ce qui m’intéressait le plus, c’était le critère de l’intelligence, honnêtement. Le truc, c’est qu’on veut minimiser le facteur chance dans tout ce processus.” “Imaginons qu’il grandisse et que finalement il ne devienne pas un génie. Est-ce que je vais être un peu déçu ? Oui. Surpris surtout, forcément”. “Mais le principal reste qu’il soit heureux, en bonne santé et utilise au mieux ses capacités.”
Placardée dans le métro new-yorkais, une publicité géante indique : choisissez votre bébé, le meilleur, le plus intelligent, avec la meilleure santé. C’est la nouvelle lubie des milliardaires de la Silicon Valley qui investissent massivement dans des start-ups d’optimisation génétique.
L’une de ces entreprises, Herasight, a ouvert ses portes à France Télévisions. Dans un laboratoire de Caroline du Nord, l’ADN est extrait, puis le génome entier de chaque embryon est séquencé, tout comme celui des parents. “Il nous faut entre 48 et 72 heures pour avoir assez de données pour chaque échantillon“, précise une employée. L’objectif : croiser les informations et établir ce qu’on appelle un score polygénique, soit une estimation des prédispositions de chaque fœtus à développer tel trait ou telle maladie.
Ce processus, en vue de sélectionner un embryon, est interdit en France. Les États-Unis sont un des rares pays à l’autoriser. Justin Schleede, le directeur du laboratoire, se justifie au nom d’un droit supposé à tout maîtriser :
“Le but est d’avoir des enfants en bonne santé, qui ont du succès, qui ont tous les avantages dans la vie, quel que soit l’avantage.”
Pour le directeur ce ne serait pas de l’eugénisme car cette sélection ne vient pas du gouvernement, mais des clients. Sic.
Victoria et Marshall Fritz ont choisi de faire une FIV avec leurs propres gamètes pour pouvoir sélectionner un bébé, moyennant 25 000 dollars supplémentaires. Ils doivent choisir entre 14 embryons. Victoria Fritz est diabétique et elle ne veut pas que son enfant ait la même maladie. Mais elle-même, aurait-elle eu droit à la vie ?
“Peut-être que mes parents ne m’auraient pas choisie si cette technologie avait existé avant. Je ne sais pas si j’aurais été retenue. C’est quelque chose qui m’a fait réfléchir. On voit les risques de maladie de chaque embryon, mais on doit se rappeler que ce ne sont que des risques. Et ne pas avoir une santé parfaite n’empêche pas d’avoir une vie épanouissante. J’en suis la preuve. Je suis très contente d’être en vie, même si je n’ai pas un bulletin de santé parfait.”
Ces entreprises comptent bientôt vendre la sélection de la couleur des yeux ou des cheveux et veulent aller encore plus loin.

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