Quand la bienveillance d’État devient le tombeau de la liberté

par Sergyl Lafont

à propos de l’ouvrage de Jean-Frédéric Poisson:

La Dictature du Bien « Les néo-libéraux vous promettent la liberté, et vous vendent une cage. »

https://www.fnac.com/a22752620/Jean-Frederic-Poisson-La-dictature-du-bien

Dans son essai La Dictature du Bien, Jean-Frédéric Poisson propose une lecture critique des démocraties libérales contemporaines. Il y analyse la montée de dispositifs normatifs et technologiques qui, sous couvert de bienveillance ou d’efficacité, interrogent les modalités profondes de l’exercice de nos libertés individuelles.

Une « démocrature » par l’étouffement normatif

Nos sociétés connaissent des transformations rapides : numérisation galopante, multiplication des normes, extension infinie des politiques publiques. Sans qu’il y ait de rupture brutale, on assiste à un renforcement de la densité du cadre administratif. Jean-Frédéric Poisson utilise le terme de « démocrature » : les formes démocratiques subsistent, mais la marge de choix effective des citoyens s’étiole sous le poids d’une régulation de plus en plus intégrée.

On le pressent dans notre quotidien : ce temps dont on devrait disposer — notre temps — est peu à peu grignoté par une administration qui nous traite en mineurs à protéger plutôt qu’en sujets libres.

De la règle commune à l’orientation des comportements

La démocratie libérale reposait sur un pacte : à l’État la définition du cadre du juste, aux citoyens la liberté de déterminer leur conception du bien.

Aujourd’hui, ce pacte se fragilise. Santé, environnement, numérique… l’action publique s’immisce dans nos comportements pour les orienter. Le débat politique s’en trouve modifié : on ne discute plus seulement d’idées, on exige la conformité. Celui qui s’écarte du chemin n’est plus un simple contradicteur, mais un « irresponsable » que l’on disqualifie. Peu à peu, l’échange cède la place à une forme de catéchisme administratif.

L’infrastructure d’une liberté conditionnelle

Cette ambition s’appuie sur une infrastructure technologique inédite. L’identité numérique et la dématérialisation, présentées comme des outils d’efficacité, sont aussi les instruments d’une traçabilité totale.

Le risque n’est pas celui d’une tyrannie classique, mais d’une liberté conditionnelle. On voit poindre l’hypothèse où l’accès à certains services pourrait dépendre de critères définis par des algorithmes. C’est l’ombre portée du « crédit social » : une exclusion automatisée, présentée comme neutre car purement technique.

Le naufrage des sociabilités de proximité

Au-delà des institutions, c’est notre manière d’être ensemble qui se transforme. L’hyperconnexion et la surabondance d’informations angoissantes glacent nos rapports. On ne se regarde plus, on s’évite.

Il fut un temps où le « bonjour » était la règle et le lien avec l’autre notre principale distraction. Aujourd’hui, le monde numérique nous isole par la peur, mobilisant notre attention pour en faire profit, tandis que l’humain, dans ce vaste bazar, finit par fondre comme neige au soleil.

Conclusion : Retrouver l’équilibre

L’essai de Jean-Frédéric Poisson nous place face à un défi anthropologique. Entre la sécurité anesthésiante d’une existence administrée et les risques exigeants de la liberté, il nous faut trouver un nouvel équilibre.

Il est urgent de retrouver le silence, la nature et le lien véritable. Osons sortir du moule technico-moral pour redevenir des sujets libres. Car au bout du compte, la préservation de notre autonomie dépend de notre courage à ne pas la céder à des systèmes automatisés.

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