Le coût total induit par les divorces, les ruptures de Pacs et l’union libre peut être estimé à 11 milliards d’euros de dépenses sociales

Par Michel Janva le 21 avril 2026 – Le Salon Beige

Des économistes commencent à dire qu’il serait peut être une bonne idée de limiter les séparations et divorces, au vu des coûts importants pour la société. Déjà en 2005 puis en 2012, les AFC avaient publié une étude sur le coût du “non-mariage” (enfants déstabilisés, familles précarisées, collectivité mise à contribution, mettant en parallèle les bienfaits économiques, sociaux et personnels de la « famille durable » fondée sur le mariage) :

Le coût total induit par les divorces, les ruptures de Pacs et d’union libre peut être estimé à 11 milliards d’euros de dépenses sociales supplémentaires. Si rien ne doit interdire de telles séparations, qui souvent s’imposent, il doit être judicieux d’investir dans la prévention. Aider les couples qui le souhaitent, par du conseil conjugal, s’avère rentable. Ce n’est pas une question morale, mais économique.

Quelles sont les conséquences des séparations (couples mariés, pacsés ou concubins) en termes de budgets publics ? En agrégant les données disponibles et de nécessaires hypothèses, nous avons réalisé une étude exploratoire d’une question rarement abordée.

Un thème peu traité, mais qui mérite de l’être

Cette étude produite pour Familya s’inscrit dans la continuité d’un premier rapport pour la même association Prévenir les ruptures conjugales pour protéger les enfants, publié en 2021. Il cherchait déjà à identifier les conséquences économiquement fâcheuses pour la collectivité des ruptures d’unions conjugales[1]. Dans cet exercice, des cas-types basiques signalaient les principales conséquences financières, sur le plan des dépenses sociales, des séparations. L’étude abordait rapidement des cas singuliers, très dépendants d’hypothèses fortes sur les revenus, les situations de logement, la répartition des revenus entre les deux conjoints, mais ne permettait aucune généralisation.

Il apparaissait que pour une famille de niveau de vie médian, avec deux enfants, le montant de la dépense sociale supplémentaire tournait autour de 6500 euros par an. Jouaient ici principalement les allocations logement et la prime d’activité. Dans le cas d’une famille modeste avec un enfant, le coût social supplémentaire était d’environ 9500 euros par an. Dans cette configuration sont d’abord en jeu les allocations logement et le RSA. C’est dire, en affichant ces sommes substantielles, combien le sujet importe, dans toutes les configurations familiales.

Dans un travail publié en 2015 par France Stratégie, sur le partage des charges liées aux enfants après une séparation, les auteurs Mahdi Ben Jelloul et Pierre-Yves Cusset, avaient eux-aussi estimé sur quelques cas types contrastés le « coût public de la désunion », sans calculer de masse totale[2]. Dans une situation de pauvreté, avec deux enfants, chaque parent gagnant un demi-SMIC, le coût public annuel résultant de la séparation était estimé à 7000 euros. Dans un cas de forte asymétrie, toujours avec deux enfants, mais avec le parent qui garde les enfants gagnant un SMIC, tandis que le parent non-gardien gagne 3 SMIC, ce coût est estimé à 3000 euros.

L’objectif de ce nouveau chiffrage consiste à estimer, avec la plus grande rigueur possible, le coût total pour les finances publiques d’une augmentation des séparations et – corrélativement – les économies espérées d’une plus grande stabilité des couples. À cet effet, on prend en compte un plus grand nombre de cas-types, en cherchant à approcher l’ensemble des situations possibles, au prix, bien entendu, d’une réduction de la complexité.

On révèle ainsi les ordres de grandeur liés aux conséquences des séparations sur les montants globaux des principales prestations sociales et familiales et de l’impôt sur le revenu.  Ce travail exploratoire, versé au débat, contribue à évaluer l’importance des coûts rattachés à des évolutions familiales que rien ne saurait interdire mais qui peuvent parfois se prévenir.

La démarche prend en compte les principales composantes des prestations sociales et l’impôt sur revenu. Pour les prestations sociales (prestations familiales, minima sociaux, prime d’activité, allocations logement, etc.), une séparation conduit très généralement à une augmentation de la dépense publique par la disparition des économies d’échelles réputées réalisées par la vie en couple. Pour la fiscalité, le passage d’un ménage à deux ménages conduit, selon les cas, à une augmentation des recettes – de par la disparition du quotient conjugal – ou à une diminution – lorsque la déduction des pensions alimentaires versées allège notablement l’impôt du plus gros contribuable.

Au terme de l’étude, plusieurs chiffres – à bien comprendre comme des ordres de grandeur raisonnables – méritent d’être mis en avant.

Une année donnée, l’impact moyen d’une séparation est, pour les finances publiques, d’environ 4200 euros. Ces conséquences sont évidemment très différentes selon les situations des couples qui se séparent (niveaux de vie, statut d’activité et revenus propres de chacun des membres du couple, nombre d’enfants, etc.). En termes de conséquences budgétaires collectives – ceci s’expliquant par des impacts surtout tirés par les prestations sociales sous condition de ressource – une séparation d’un couple figurant parmi les 10 % les plus modestes conduit à un surcroît de dépenses deux fois plus élevé qu’en moyenne.

L’impact en année pleine des 425 000 séparations annuelles est d’environ 1,8 milliard d’euros de dépenses additionnelles pour la collectivité. Puisque leur durée moyenne peut être estimée à 6 ans, le coût total de toutes les séparations, avant remise en couple officiel ou décès, approche annuellement les 11 milliards d’euros. C’est, en gros, chaque année, le prix estimé du prochain porte-avions « France libre ». […]

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