Par Maroun Badr sur Facebook.
Le rĂ©cit de la Passion selon saint Jean (Jn 18, 1 â 19, 42) ne dĂ©crit pas seulement une injustice religieuse ou judiciaire : il met en lumiĂšre une đąĂ©đđđŁđđŠđȘđ đšđ€đđđđĄđ plus profonde, oĂč manipulation de l’opinion et silence collectif convergent vers la mise Ă mort d’un innocent.
Ce texte rĂ©vĂšle une vĂ©ritĂ© dĂ©rangeante : đĄ’đđŁđđȘđšđ©đđđ đ©đ§đđ€đąđ„đđ đ§đđ§đđąđđŁđ© đ„đđ§ đĄđ đšđđȘđĄđ đ«đđ€đĄđđŁđđ đđđš đ„đȘđđšđšđđŁđ©đš, đąđđđš đ„đđ§ đĄ’đđđĂ©đšđđ€đŁ â đ€đȘ đĄ’đđŁđđđ©đđ€đŁ â đđȘ đ„đĄđȘđš đđ§đđŁđ đŁđ€đąđđ§đ. Trois dynamiques, en continuitĂ© logique, permettent d’Ă©clairer ce lien. Et chacune rĂ©sonne avec une acuitĂ© troublante dans le monde tel qu’il est aujourd’hui.
đ. đđ đđđđ«đąđđđđąđšđ§ đ’đźđ§ đ«Ă©đđąđ đȘđźđą đ«đđ§đ đ„’đąđ§đŁđźđŹđđąđđ đđđđđ©đđđđ„đ
â¶ïž Dans le procĂšs de JĂ©sus, les autoritĂ©s construisent un đđđšđđ€đȘđ§đš đšđ©đ§đđ©Ă©đđđŠđȘđ : il serait un agitateur, un blasphĂ©mateur, un danger pour l’ordre public.
â La vĂ©ritĂ© importe peu ; seule compte une narration capable de susciter peur et rejet.
đ„ La foule finit par reprendre ce rĂ©cit, jusqu’Ă prĂ©fĂ©rer Barabbas.
â¶ïž La manipulation ne contraint pas frontalement : elle oriente les perceptions, simplifie la rĂ©alitĂ© et dĂ©signe un coupable.
Cette mĂ©canique n’a pas disparu. Elle s’est perfectionnĂ©e.
đłïž Dans plusieurs rĂ©gions du monde aujourd’hui, des populations civiles â femmes, enfants, vieillards â sont rĂ©duites dans les discours officiels Ă des « menaces », des « terroristes potentiels », des « obstacles Ă la paix ».
đŁ Des bombardements sur des hĂŽpitaux, des camps de rĂ©fugiĂ©s, des lieux oĂč se reposent les gens qui ont quittĂ© leurs habitations par dĂ©placement forcĂ© sont prĂ©sentĂ©s comme des frappes « chirurgicales » contre des « cibles militaires ».
đłïž đđ đĄđđŁđđđđ đđšđđ„đ©đđšđ, đđȘđ„đĂ©đąđđšđ, đđđšđ©đ§đđđ©. đđĄ đ§đđŁđ đĄđ đšđ€đȘđđđ§đđŁđđ đđŁđ«đđšđđđĄđ đđ«đđŁđ© đąĂȘđąđ đŠđȘ’đđĄđĄđ đšđ€đđ© đ«đȘđ.
â¶ïž Ailleurs, des rĂ©gimes invoquent Dieu, la civilisation ou la survie nationale pour justifier des lois qui excluent, des murs qui sĂ©parent, des expulsions qui dĂ©shumanisent.
đđ» La rĂ©fĂ©rence au sacrĂ© n’est plus une priĂšre â elle est une arme rhĂ©torique.
đ€ Elle sacralise l’inacceptable et ferme la bouche de ceux qui voudraient contester.
đ Sur les rĂ©seaux sociaux, des algorithmes amplifient ces rĂ©cits fabriquĂ©s Ă une vitesse invraisemblable.
đłïž En quelques heures, une image tronquĂ©e, une phrase sortie de son contexte, un mensonge rĂ©pĂ©tĂ© devient vĂ©ritĂ© populaire.
đłïž Le bourreau se prĂ©sente en victime. La victime est transformĂ©e en coupable. Et la foule applaudit, comme elle applaudissait autrefois Ă la place de Pilate.
đ. đ’đąđ§đĂ©đ«đąđšđ«đąđŹđđđąđšđ§ đđ đ„đ đ©đđźđ« đđ đ„đ đ§đđźđđ«đđ„đąđŹđđđąđšđ§ đđđŹ đđšđ§đŹđđąđđ§đđđŹ
â¶ïž Face Ă cette narration dominante, đđđđȘđđ€đȘđ„ đ„đđ§Ă§đ€đđ«đđŁđ© đĄ’đđŁđđȘđšđ©đđđ â đąđđđš đšđ đ©đđđšđđŁđ©. Pilate lui-mĂȘme reconnaĂźt l’innocence de JĂ©sus, sans agir en consĂ©quence.
đ± La peur de perdre sa position, de troubler l’ordre ou d’affronter la pression collective paralyse la dĂ©cision juste.
đ€« Le đšđđĄđđŁđđ đđđ«đđđŁđ© đđĄđ€đ§đš đȘđŁđ đđ€đ§đąđ đđ đ„đđ§đ©đđđđ„đđ©đđ€đŁ đđŁđđđ§đđđ©đ đ¶.
â¶ïž Regardons autour de nous.
âïž Des instances officielles, pourtant mandatĂ©es pour dĂ©fendre les droits humains, s’abstiennent de voter, s’abstiennent de condamner, s’abstiennent de nommer.
đłïž Non par ignorance â leurs rapports documentent tout â mais par calcul diplomatique, par peur de perdre des alliances, des marchĂ©s, des Ă©quilibres fragiles.
đłïž đđđȘđ§ đšđđĄđđŁđđ đŁ’đđšđ© đ„đđš đŁđđȘđ©đ§đ : il envoie un signal aux puissants que l’impunitĂ© est nĂ©gociable.
đ° Des journalistes sont assassinĂ©s, emprisonnĂ©s, rĂ©duits au silence dans des pays oĂč la presse dĂ©rangeait trop.
đ Et les capitales qui se proclament dĂ©fenseresses de la libertĂ© d’expression dĂ©tournent le regard.
â¶ïž Pilate se lave les mains. Il l’a toujours fait. Il le fait encore.
đ Des citoyens ordinaires, eux, sont Ă©puisĂ©s. SaturĂ©s d’images de guerre, anesthĂ©siĂ©s par la rĂ©pĂ©tition des mĂȘmes horreurs, ils scrollent. Ils passent.
âł L’indignation dure le temps d’une story. đ’đđđđđ©đȘđđ đ§đđąđ„đĄđđđ đĄ’Ă©đąđ€đ©đđ€đŁ.
Et đđđ©đ©đ đđđđ€đȘđ©đȘđąđđŁđđ đđšđ© đĂ©đĂ , đđŁ đđĄđĄđ-đąĂȘđąđ, đȘđŁđ đ«đđđ©đ€đđ§đ đđ đĄ’đđŁđđȘđšđ©đđđ â peut-ĂȘtre sa plus grande victoire, parce qu’elle n’a besoin d’aucun bourreau pour s’accomplir.
đ. đđ đđđ§đđ„đąđŹđđđąđšđ§ đ©đ«đšđ đ«đđŹđŹđąđŻđ đđ đ„’đąđ§đŁđźđŹđđąđđ đŁđźđŹđȘđź’Ă đŹđšđ§ đđđđšđŠđ©đ„đąđŹđŹđđŠđđ§đ
â¶ïž Le rĂ©cit johannique montre une escalade : arrestation nocturne, interrogatoires biaisĂ©s, humiliation publique, condamnation.
đ§đ»âđ» Chaque Ă©tape semble presque « logique » une fois la prĂ©cĂ©dente acceptĂ©e.
đłïž đ’đđŁđđȘđšđ©đđđ đŁđ đšđȘđ§đđđ© đ„đđš đ’đȘđŁ đđ€đȘđ„ ; đđĄđĄđ đš’đđŁđšđ©đđĄđĄđ đđ§đđđȘđđĄđĄđđąđđŁđ©, đđȘđšđŠđȘ’Ă đđđ«đđŁđđ§ đđ§đ§Ă©đ«đđ§đšđđđĄđ.
â¶ïž Ce mĂ©canisme est Ă l’Ćuvre, partout, en ce moment mĂȘme.
đïž Des pouvoirs exceptionnels accordĂ©s « pour quelques semaines » durent depuis des annĂ©es.
đ Des dĂ©tentions « provisoires » se prolongent sans jugement ni procĂšs Ă©quitable dans l’art de la rĂšgle juridique.
đ Des territoires « temporairement occupĂ©s » sont colonisĂ©s pierre aprĂšs pierre, maison aprĂšs maison, pendant que le monde s’habitue Ă la carte modifiĂ©e.
đ Des populations entiĂšres vivent sous blocus depuis si longtemps que đĄđ đđđąđđŁđ đđ© đĄđ đąđđĄđđđđ đšđ€đŁđ© đđđ«đđŁđȘđđš đĄđ đĂ©đđ€đ§ đ€đ§đđđŁđđđ§đ đđ đĄđđȘđ§ đđđđšđ©đđŁđđ â đŁđ€đŁ đȘđŁ đšđđđŁđđđĄđ, đąđđđš đȘđŁ đđđđ© đđđ«đđ§đš.
đ¶đ» Des enfants naissent et meurent dans des camps « provisoires » qui ont maintenant des dĂ©cennies d’existence. On ne dit mĂȘme plus « provisoire ». On ne dit plus rien.
đ§đ»ââïž Et quand un chef d’Ătat, un gĂ©nĂ©ral, un idĂ©ologue invoque la volontĂ© divine, la destinĂ©e historique ou la lĂ©gitime dĂ©fense de la civilisation pour justifier des actes qui seraient qualifiĂ©s de crimes dans tout autre contexte, les foules acquiescent, les alliĂ©s se taisent, et les tribunaux internationaux peinent Ă se faire entendre.
đłïž đđ đđđŁđđĄđđšđđ©đđ€đŁ đđšđ© đĄđ đšđ©đđđ đȘđĄđ©đđąđ đđ đĄđ đąđđŁđđ„đȘđĄđđ©đđ€đŁ : đĄđ€đ§đšđŠđȘđ đ„đĄđȘđš đ„đđ§đšđ€đŁđŁđ đŁđ đš’Ă©đ©đ€đŁđŁđ, đĄ’đđŁđđȘđšđ©đđđ đđšđ© đ„đĄđđđŁđđąđđŁđ© đđŁđšđ©đđĄđĄĂ©đ.
La Passion selon saint Jean dĂ©voile une đ§đđšđ„đ€đŁđšđđđđĄđđ©Ă© đ„đđ§đ©đđĂ©đ : celle đđđš đ„đȘđđšđšđđŁđ©đš đŠđȘđ đąđđŁđđ„đȘđĄđđŁđ©, đąđđđš đđȘđšđšđ celle đđđš đ©Ă©đąđ€đđŁđš đŠđȘđ đšđ đ©đđđšđđŁđ©.
â La mise Ă mort de JĂ©sus n’est pas seulement un Ă©vĂ©nement du passĂ©.
đȘ Elle est le đąđđ§đ€đđ§ đ’đȘđŁ đ„đ§Ă©đšđđŁđ©
đłïž oĂč đĄđ đ«Ă©đ§đđ©Ă© đđšđ© đšđźđšđ©Ă©đąđđ©đđŠđȘđđąđđŁđ© đĂ©đđ€đ§đąĂ©đ,
đłïž oĂč la đ„đđȘđ§ đđšđ© đąĂ©đ©đđ€đđđŠđȘđđąđđŁđ© đđđ„đĄđ€đđ©Ă©đ,
đłïž oĂč le đšđđĄđđŁđđ đđšđ© đšđ€đđđđĄđđąđđŁđ© đ§Ă©đđ€đąđ„đđŁđšĂ©.
đ«žđ» đđđđȘđšđđ§ đđđ©đ©đ đĄđ€đđđŠđȘđ suppose :
âĄïž une đ«đđđđĄđđŁđđ đđ§đđ©đđŠđȘđ face aux rĂ©cits dominants, quelles que soient leur origine ou leur habillage â politique, religieux, mĂ©diatique ;
âĄïž un đđ€đȘđ§đđđ đđ đ„đđ§đ€đĄđ contre la pression collective, mĂȘme lorsque ce courage coĂ»te quelque chose ;
âĄïž une đ§Ă©đšđđšđ©đđŁđđ đđđ©đđ«đ Ă l’habitude de l’injustice, au refus de se laisser anesthĂ©sier par la rĂ©pĂ©tition.
âïž Sans cela, la Passion ne serait qu’une vieille histoire. Or elle se rejoue, en ce moment, quelque part dans le monde. Et nous en sommes tous, d’une maniĂšre ou d’une autre, les contemporains â et les tĂ©moins.
âïž Les fils et les filles de LumiĂšre, de la RĂ©surrection, ne peuvent que rayonner oĂč l’obscuritĂ© couvre par son ombre, oĂč le mal essaye de triompher du bien, oĂč la dictature essaye d’Ă©touffer la vĂ©ritĂ©.
La question n’est plus de savoir si le procĂšs de JĂ©sus Ă©tait juste.
âïž đđ đȘđźđđŹđđąđšđ§ đđŹđ : đđźđ đđđąđŹđšđ§đŹ-đ§đšđźđŹ, đ§đšđźđŹ, đđźđŁđšđźđ«đ’đĄđźđą ? đđź đŠđšđŠđđ§đ đšĂč đ§đšđźđŹ đ«đđŹđđšđ§đŹ đŠđźđđđŹ, đ§đšđźđŹ đ©đđ«đđšđ§đŹ đ„đ đđšđźđŹđŹđšđ„đ đȘđźđą đŠđšđ§đđ«đ đđ đȘđź’đđŹđ đ„đ đđąđ đ§đąđĂ© đĄđźđŠđđąđ§đ.
(© đđđ«đšđźđ§ đđđđ«, đđ/đđ/đđđđ)

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