Avec des amis comme l’IA (Intelligence Artificielle), les artistes n’ont pas besoin d’ennemis !

“L’art naît de contraintes, vit de luttes et meurt de liberté.”

André Gide

Si l’art est bien le royaume de l’intime, de l’émotion et du corps, et essentiellement l’expression de ce qui est au plus profond de soi ; si l’artiste est le magicien qui tisse des liens pour réunir les humains autour d’œuvres, et leur permettre ainsi de grandir, on peut s’interroger sur l’opportunité de l’arrivée d’outils numériques, par essence artificiels, de plus en plus complexes, baptisé peut-être un peu trop rapidement « IA » à défaut d’être véritablement intelligents !

De toute part les médias diffusent des prouesses extraordinaires réalisées par des outils d’«intelligence artificielle» qui écrasent les champions d’ échecs, interprétent les images médicales mieux que les radiologues expérimentés, etc..etc… et pourraient remplacer beaucoup d’entre nous dans des fonctions variées.

Beaucoup de scientifiques de renoms font sonner les trompettes de l’Apocalypse de façon angoissante depuis que des humains ont ouverts cette boite de Pandore, tandis que d’autres demeurent sereins en considérant l’IA comme étant un outil comme un autre.

Au sein d’une société plongée dans la confusion par les outils d’IA , les artistes voient déferler dans leur domaine des logiciels capable de générer des images, des dessins, musique etc…qui souvent « pompent » allègrement et sans vergogne dans les immenses banques de données du web afin de « créer » des œuvres en vampirisant celles d’artistes en « chair et en os », sans se soucier des créateurs laborieux de ces œuvres qui sont ainsi dépouillés, et sans les mentionner en référence .

Si l’on veut bien considérer les outils d’IA comme des outils, comment interpréter ces soi-disant créations ?

Et si les artistes sont toujours plus ou moins influencés par les créations antérieures, n’y a-t-il pas   tout de même une différence essentielle entre les métamorphoses des IA et celles de véritables artistes ? Qu’un outil d’IA compose une «nouvelle» symphonie de Mozart à partir de sa mémoire absolue qui emmagasine les 41 symphonies du Maître, peut-il prétendre avoir le génie de Mozart au niveau de cette pseudo-création, et qu’en penserait ce dernier ?

Un artiste n’est-il pas avant tout un être humain qui vit, connait joies et souffrances qui le font grandir, et qu’il communique aux autres via ses créations, fruits de tout son être,  tout au long du chemin de son existence «misérablement courte» comme dirait Pascal ?

Un raisonnement algorithmique n’est-il pas aux antipodes d’une pensée incarnée dans un corps de chair dont le désir de croissance est jalonnée de plaisirs et de blessures, et qui se sait mortelle ? Si « philosopher c’est apprendre à mourir», créer un œuvre d’art n’est-il pas avant tout l’expression la plus humaine qui soit d’une résistance face au destin ?

La peur de la mort concernera-t-elle un jour les IA tel l’ordinateur HAL 9000 de « 2001 l’odyssée de l’espace » de Stanley Kubrick  qui éprouve l’angoisse d’être débranché et prend la décision d’anéantir tout l’équipage de l’aéronef?

IA : Ami ou ennemi ?

Pour ma part j’ai déjà osé malgré mon ignorance de la science gravitant autour des IA, répondu dans le titre de cette courte réflexion.

Saint Exupéry disait dans Citadelle :

“L’ami d’abord, c’est celui qui ne juge point.”

Sergyl Lafont.

31/05/2023

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