par Sergyl Lafont.
Et si nous arrêtions, un instant, de nous laisser distraire par les paillettes du néant ?
La température monte, et pas seulement dans les rapports climatiques. Entre les bruits de bottes qui résonnent aux frontières de l’Europe et du Moyen-Orient, et l’angoisse qui grimpe à chaque passage à la pompe, nous sentons bien que l’avenir nous échappe. Nous sommes là, tels des canards sans tête, pris au piège d’un système qui multiplie les ruses pour accéder à notre portefeuille. On nous vend des « agents IA » censés tout gérer à notre place, des algorithmes qui prétendent anticiper nos moindres désirs, alors qu’ils ne sont que de nouveaux gadgets sophistiqués pour nous manipuler et, disons-le franchement, nous prendre pour des imbéciles.
On a l’impression aujourd’hui que nous sommes tous prisonniers d’une course à l’immédiateté, un cercle vicieux où la consommation sert de paravent à notre peur de l’avenir ou du déclassement social. Mais ces « sucreries » numériques ne produisent que du vide. Puisque nous voyons bien que ce jeu est perdant, arrêtons tout simplement de jouer. Posons-nous ; respirons un bol d’air, et regardons enfin ce qui, au fond, ne passe pas : le monde invisible.
La source de notre malaise, c’est cette peur grandissante devant un monde qui ouvre chaque jour une nouvelle boîte de Pandore. Nous nous enfermons dans un numérique omniprésent, nous nous inquiétons pour la stabilité financière ou la fragilité de nos services publics, en oubliant que rien ne subsistera de tout ce bazar matériel. « Quand il n’y a plus d’avoine, les chevaux se battent dans l’écurie », dit le dicton… mais l’agitation frénétique, que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les débats télévisés, ne produira jamais le sens que nous cherchons désespérément.
Je n’ai pas plus de solutions miracles que quiconque. Par contre, l’observation de ce monde et la conscience de la fragilité de notre existence — « misérablement courte », pour reprendre le mot de Pascal — me persuadent que nous avons autre chose à faire. Autre chose à faire que de se regarder le nombril ou d’amasser de l’avoir en ignorant la pauvreté du sens autour de nous.
Il est urgent de contempler nos vies dans le rétroviseur. C’est là, dans cette relecture, que l’on perçoit que tout n’est pas chaotique. Derrière le fracas des titres de presse sur les crises géopolitiques, il y a « autre chose », un enchantement, une destinée, ou des « clins d’œil » qui viennent nous dire que nous ne sommes pas seuls. La grande ruche de l’invisible nous échappe peut-être, mais elle est là, au cœur de nos vies. Car, comme le rappelait Maurice Zundel, l’au-delà est au dedans. Il nous faut reprendre en urgence ce dialogue avec notre âme, car c’est là, et nulle part ailleurs, que se trouve la véritable chaleur.

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