Non à la violence d’un «droit à mourir».

Ségolène Royal sur X 24 février 2026.

Non à la violence d’un «droit à mourir».

Comment un tel dérapage a t’il pu se produire : passer du bel objectif de «l’humanisation de la fin de vie» ( qui inclut les soins médicaux mais aussi la lutte contre les maltraitances ) au «droit à mourir», suicide assisté et euthanasie passive ?

Ne trouvez-vous pas que c’est un message tragique pour les jeunes générations anxieuses qui ont tant besoin d’un «droit à vivre » ?

La France n’a pas le droit de créer un «droit à mourir» si elle veut encore prétendre incarner des droits universels. Les soignants y sont majoritairement opposés. Et on passerait outre ?

Parce qu’ils savent les pressions qui s’exerceront sur les plus précaires et les handicapés. Ils savent aussi que la loi Leonetti existe. Et que la Belgique constitue une solution pour ceux qui le veulent vraiment.

En fait ce qu’il faut bien comprendre, c’est que c’est un lobby idéologique qui veut imposer « la liberté jusqu’à la mort» en oubliant les deux autres valeurs de notre devise : l’égalité et la fraternité. L’égalité d’abord : il y a ceux qui ont les moyens de se payer des soins et des accompagnants ( dont les parlementaires qui veulent cette loi font partie) , et les autres, ceux à qui les proches peu scrupuleux feront comprendre qu’ils sont désormais de trop. Et la fraternité : la civilisation s’évalue à la façon dont elle aime les plus vulnérables. Pas à la façon dont elle les élimine. Dans une période où la peur du chaos mondial, la peur des guerres, la peur de l’avenir incertain, la peur des catastrophes climatiques, et tant d’autres problèmes, plongent les jeunes dans l’angoisse comme le prouve le triste effondrement de la natalité (qui devrait être une priorité), on voit bien que le lobby d’un «droit à mourir» est à contresens de l’époque.

Toute action politique ne doit se poser qu’une seule question comme je le décris dans mon dernier livre «Mais qui va garder les enfants?» : est-ce que ce qui est décidé est bon ou pas pour les jeunes générations ?

Là, le signal donné serait tragique pour elles : un «droit à mourir» alors que les suicides et tentatives des jeunes n’ont jamais été aussi élevés ?

Tragique aveuglement, auquel je ne peux pas croire. Enfin le lobby du «droit à mourir» s’appuie sur une contre-vérité : les Français seraient pour cette loi, et même « l’attendrait »! Non , ce n’est pas exact. Sauf dans les sondages biaisés, qui parlent «d’humanisation» au lieu de «suicide et d’euthanasie», et qui ne rappellent pas qu’existe la loi Leonetti. Dès que les enquêtes d’opinion sont précises et complètes, les Français ne sont pas du tout favorables et surtout « n’attendent» pas cette loi comme le prétendent ses adeptes.

Et je m’adresse au Président de la République mais aussi à la gauche et aux humanistes : la France est regardée dans le monde entier. Ce regard, quand il aime la France, ne la comprend plus, tant les régressions la font décliner : baisse de notre modèle social, de notre culture, de nos institutions, de la sérénité de nos débats démocratiques.

Il y a tant de travail à faire pour remonter la pente et pour contrer le déclin français. Alors n’ajoutons pas un coup fatal , à ce qui nous reste de lumière française et d’idéal à défendre, en cédant, pour quelques dizaines de cas que la loi actuelle permet déjà de soulager, sur la valeur anthropologique de la supériorité de la vie, même fragile, sur la mort.

Laisser un commentaire