Editorial sur Europe 1 de Vincent Trémolet de Villers. Lundi 23 février 2026.
Jacques Vendroux : « Bonjour Vincent Trémolet de Villers. «
Vincent Trémolet de Villers : « Bonjour Jacques, bonjour Anisa, bonjour à tous. »
Jacques Vendroux : « Vincent, demain mardi aura lieu le vote solennel à l’Assemblée nationale, en deuxième lecture, de deux propositions de loi sur les soins palliatifs et sur l’aide à mourir, c’est-à-dire le suicide assisté et l’euthanasie. Emmanuel Macron voulait un débat digne, nous y sommes Vincent. »
Vincent Trémolet de Villers : « Alors pour que le débat soit digne, il faudrait d’abord qu’il y ait un débat. Or, ce qui caractérise cette seconde lecture de la proposition de loi, c’est l’attitude sectaire à l’assemblée des partisans de l’euthanasie et du suicide assisté. Le vernis a craqué, les apparences démocratiques aussi.
Désormais le but est d’aller vite, et même au pas de charge, sans prendre le temps d’écouter les opposants, mais aussi ceux qui doutent ou voudraient simplement équilibrer un peu ce texte. Les partisans ne cherchent même plus à faire croire qu’ils expriment une demande émanant du corps social, ils veulent tenir leur agenda comme s’il fallait absolument une dernière loi sociétale avant liquidation.
Le président de la République en a fait une priorité, la présidente de l’Assemblée en a fait son obsession et elle peut compter sur le président de la commission des finances, l’insoumis Éric Coquerel, qui a écarté sans ménagement plus de 150 amendements destinés à mettre des garde-fous à cette loi. Cette alliance entre l’extrême centre et l’extrême gauche, la semaine même du meurtre de Quentin, donne une tonalité cynique à ce simulacre de débat. »
Jacques Vendroux : « Mais ce débat existe depuis maintenant deux ans à l’Assemblée, il est normal qu’il y ait un peu de lassitude. »
Vincent Trémolet de Villers : « Oui, mais comment débattre si les termes du débat ne sont pas posés ? La loi pourrait indistinctement légaliser l’euthanasie, le suicide assisté, mais ses partisans continuent de parler d’aide à mourir. » Il s’agit d’un acte qui pourrait maintenant toucher les jeunes majeurs, les handicapés, les malades psychiatriques, et les partisans continuent à parler de fin de vie. » Il s’agit d’administrer la mort, et les partisans parlent de fraternité. Cette dissimulation sémantique empêche d’aborder la question vertigineuse et réelle des derniers moments de la vie, de la souffrance et de la mort désirée. Le vrai débat sur ces moments douloureux n’a pas eu lieu. On a bien compris que tout était ficelé d’avance. « Nous le ferons », avait prévenu Emmanuel Macron en septembre 2022 en décorant Line Renault, et il parlait de l’euthanasie.
Alors les partisans du texte s’appuient sur des souffrances bien réelles, des cas particuliers qui sont poignants, mais leur objectif semble moins d’apaiser ces souffrances que d’inscrire dans la loi une sorte de nietzschéisme pour tous. L’homme est maître de lui-même de sa naissance à sa mort. L’individu ne s’inscrit plus dans une histoire qu’il précède et qui lui succédera, mais il est sa finalité propre. Alors on peut partager cette vision, mais l’étendre à toute la société, c’est prendre le risque de faire de la performance et de la force les principes mêmes de l’existence et donc de poser la question de l’auto-effacement à ceux qui seraient faibles, malades ou qui se sentent inutiles. » On songe à ces mots de Nietzsche incroyablement prémonitoires : « Les faibles et les ratés doivent périr et nous devons les aider en cela. C’est le principe de notre charité ». »
Jacques Vendroux : « Mais personne ne sera obligé de demander l’euthanasie, Vincent ! »
Vincent Trémolet de Villers : « Bah alors, la possibilité légale de cet acte créera inévitablement une pression individuelle et sociale. Comme le dit Michel Houellebecq, aux deux catégories existantes, les vivants et les morts, il faudra ajouter une nouvelle catégorie : celle des éligibles. C’est-à-dire ceux qui pourraient demander l’euthanasie ou le suicide assisté. Un statut hybride où vous êtes vivant, mais vous pourriez, si vous le souhaitez, ne plus l’être. Comment ne pas voir les dangers de cette nouvelle possibilité ?
Et comment ne pas craindre qu’elle réponde très vite à une logique économique ? Le grand-père qui tarde à mourir et dont on attend l’héritage, le malade incurable dont les très derniers mois de traitement coûteront très cher à la collectivité, et tous ces vieillards isolés qui, désespérés de toucher une main tendue, se résigneront à demander la main qui tue.
Dans tous les partis, il y a des députés qui mesurent ce risque et qui le disent courageusement. Mais les autres représentants de la nation, Jacques, peuvent-ils en conscience voter un texte affranchi de toute prudence pour le seul plaisir de brandir un trophée sociétal et de donner une victoire au nihilisme d’État ? »
Jacques Vendroux : L’édito politique sur Europe 1, signé Vincent Trémolet de Villers.

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