Loi « Fin de vie » : Le sacrifice silencieux de la conscience des pharmaciens

En tant que médecin, je ne peux rester muet face au silence médiatique assourdissant qui entoure un point crucial du projet de loi porté par Olivier Falorni : le déni pur et simple de la liberté de conscience pour les pharmaciens.

Comment accepter que, dans une même chaîne de soin, la loi protège la conscience du médecin qui prescrit et de l’infirmier qui administre, tout en traitant le pharmacien comme un simple automate dépourvu de discernement éthique ? Ce n’est pas une simple « fluidité administrative », c’est une rupture d’égalité brutale et une insulte à l’unité de nos professions.

Pendant les débats parlementaires, des figures comme Olivier Falorni et l’ancienne ministre Agnès Firmin Le Bodo ont défendu l’idée que le rôle du pharmacien serait trop « indirect » pour justifier une clause de conscience. Cette vision est aussi méprisante que dangereuse.
Elle réduit un docteur en pharmacie à un fournisseur logistique, alors que sa responsabilité déontologique est engagée à chaque préparation, surtout lorsqu’il s’agit d’une substance dont l’unique finalité est de donner la mort. Ce mépris politique s’est manifesté de manière flagrante par le rejet systématique de tous les amendements protecteurs, au motif qu’une telle liberté pourrait créer des « ruptures d’accès » au produit létal. En clair, on admet officiellement que la liberté de conscience des soignants est sacrifiée au nom de l’efficacité technique.
Pourtant, la réalité de terrain crie son malaise : le syndicat Synprefh a révélé que 81 % des pharmaciens hospitaliers réclament cette clause de conscience, refusant d’être les « exécuteurs silencieux » d’une procédure qui heurte leur vocation première de soigner.
Pourquoi les grands médias ignorent-ils cette mobilisation massive ?
Pourquoi cache-t-on que des voisins comme la Belgique ou l’Espagne respectent, eux, la conscience de TOUS leurs soignants sans que cela n’entrave leur législation ?
Je m’inquiète de voir la France s’engager dans une voie de coercition unique en Europe, où la dignité professionnelle est piétinée pour ne pas froisser un calendrier politique. En tant que médecin, je refuse de cautionner cette segmentation de la conscience : si l’un de nous est contraint d’agir contre son éthique, c’est toute la déontologie médicale qui s’effondre. Le « droit de mourir » ne peut pas s’acheter au prix de la soumission forcée de ceux qui ont dédié leur vie au soin. Brisons ce silence, car la liberté de conscience ne doit jamais être une variable d’ajustement.

Gabriel Metsu (1629–1667)
L’Apothicaire
Musée du Louvre.

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