Assemblée Nationale 18 février 2026
« Nous ne sommes pas aujourd’hui face à un texte technique. Nous sommes face à une loi qui prétend répondre à la souffrance par la suppression de celui qui souffre . Une loi qui légalise la provocation de la mort, une loi qui transforme un geste médical en acte létal .
Ce texte opère une inversion profonde de nos valeurs. Depuis toujours, le progrès médical est de mieux soigner, de protéger, d’accompagner, de soulager. Aujourd’hui, le progrès que vous proposez, c’est de tuer. Nous passons du devoir de soigner au droit à mourir, et ce droit demain deviendra lui aussi un devoir .
Les premières victimes de ce texte seront les plus fragiles : les personnes âgées, les personnes handicapées, les malades isolés, les pauvres. Ceux qui se sentent déjà de trop, ceux qui n’ont plus la force de se défendre. Pour autant, le texte ne s’arrête pas là. Au fil des discussions, il s’est considérablement élargi et demain, assurément, l’euthanasie sera ouverte aux enfants malades, à ceux qui se sentent mal dans leur peau, à ceux qui ne trouvent plus de sens à leur vie .
Cette loi ne surgit pas dans un vide. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large, celui d’une société individualiste qui dit : « ma vie, mon corps, ma mort, mon choix ». Plus rien n’est commun, plus rien n’est sacré, plus rien n’oblige les uns envers les autres .
La solidarité n’existe plus, la société ne protège plus les plus faibles, elle leur demande de disparaître. Faire de l’euthanasie une solution, c’est signer l’arrêt de la science et de la recherche médicale. Pourquoi investir dans la lutte contre le cancer si la réponse devient la mort ?
C’est la régression, la dégradation profonde, le déclassement de notre médecine. Une civilisation progresse lorsqu’elle soigne, elle recule lorsqu’elle abandonne .
Alors une question se pose à nous : à quoi sert cette assemblée si elle ne défend pas notre civilisation ?
Notre mission n’est pas d’accompagner la pente, mais de tenir la ligne. Notre devoir n’est pas de suivre le flot des émotions, mais de sauvegarder l’essentiel avec clarté . Cette retenue n’est pas de l’indifférence, elle est la condition d’une compassion sincère, véritable et efficace.
Si le parlement accepte que la mort devienne une politique publique, il renie sa mission.
Et ce débat intervient dans un contexte lourd de sens : en 2025, notre pays a connu plus de décès que de naissances. Et que faisons-nous ? Nous parlons de mort au lieu de parler de soins . Nous organisons la fin au lieu de préparer l’avenir. Nous débattons d’euthanasie quand nous devrions parler de vie, de famille, de transmission.
Pour autant, je veux le dire très sincèrement : je n’ignore pas la souffrance. Je connais la douleur des fins de vie, je connais l’angoisse des familles . Je suis consciente que je n’ai moi-même pas la main sur la façon dont je partirai.
Refuser l’euthanasie, ce n’est pas refuser la compassion. Au contraire, c’est la vraie compassion : celle qui soulage, qui accompagne et respecte la vie. C’est refuser que la mort devienne la réponse politique à la souffrance humaine .
Monsieur Falorni, une fracture profonde nous sépare.
Je peux regarder les Français droit dans les yeux et leur promettre ceci : nous ferons tout pour soulager vos douleurs en renforçant les soins palliatifs et l’accompagnement humain. Mais vous, que direz-vous à ceux qui, dans un moment de détresse, auront choisi la mort sans savoir qu’on pouvait encore les soulager, les accompagner, les entourer ?
La différence entre nous est là. Nous défendons la vie, vous défendez la mort. Vous parlez de choix individuel, nous parlons de responsabilité collective. Vous ouvrez une porte, nous voyons un gouffre . Comment peut-on proposer la mort là où l’on n’est même pas capable d’offrir le soin ? Il est indigne de parler d’euthanasie quand les soins palliatifs ne sont pas accessibles partout sur le territoire. Indigne pour les malades, indigne pour les soignants, indigne pour la France .
La véritable urgence nationale est devant nous : le développement des soins palliatifs dans tous les départements. Former, financer, ouvrir des unités, soutenir les équipes. Voilà ce qu’exige la dignité. Sinon, l’euthanasie arrivera par dépit, par lassitude, par manque de lits, par faillite de l’hôpital . Ce n’est pas un choix libre comme vous le revendiquez, c’est une résignation organisée.
Je refuse de vivre dans une société qui soigne moins et qui tue plus. Je refuse une médecine qui renonce.
Je refuse un parlement qui abdique. La grandeur d’une civilisation se mesure à la manière dont elle protège les plus fragiles, pas à la facilité avec laquelle elle les fait disparaître .
Au moment de voter, je vous demande, chers collègues, de mesurer la portée de votre geste. Si vous votez pour l’euthanasie, vous lèverez à tout jamais l’interdiction de tuer. Une fois cette frontière franchie, il sera impossible de revenir en arrière. Ce sera l’euthanasie pour tous .
Mes chers collègues, l’histoire nous regarde. Pas la petite histoire politique de cet hémicycle, mais bien la grande histoire de l’humanité. Dans cinquante ans, lorsque l’histoire écrira nos noms, dira-t-on que nous avons protégé les plus faibles ou que nous avons organisé leur élimination ?
Alors pour l’histoire, pour les Français et pour ma conscience, je voterai contre l’euthanasie. »
Vous pouvez retrouver ce passage précis dans la vidéo ici : https://www.youtube.com/watch?v=wMbE-Im7gSI

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