par Sergyl Lafont.
Aujourdâhui, lâAssemblĂ©e Nationale reprend en deuxiĂšme lecture lâexamen du projet de loi sur lâ« aide Ă mourir ». Sous les dehors dâune compassion mĂ©diatisĂ©e, nous risquons un changement de civilisation radical : la fin de lâinterdit de tuer, pilier de notre mĂ©decine depuis Hippocrate.
Mais derriĂšre le paravent de l’Ă©motion, il est temps de dĂ©noncer la rĂ©alitĂ© brutale des facteurs Ă©conomiques qui poussent Ă cette dĂ©rive. Une sociĂ©tĂ© qui commence Ă calculer le « coĂ»t » de sa fin de vie est une sociĂ©tĂ© qui abdique son humanitĂ©.
L’humain n’est pas une variable d’ajustement
Lâargument de lâautonomie masque trop souvent une logique budgĂ©taire cynique. LĂ©galiser lâacte de donner la mort, câest sâoffrir une solution de facilitĂ© face au sous-financement chronique des soins palliatifs. La dignitĂ© ne peut pas ĂȘtre une variable dâajustement comptable. En transformant la vie des plus fragiles en une valeur marchande, on condamne les plus vulnĂ©rables Ă la culpabilitĂ© d’exister, leur laissant croire qu’ils sont un poids financier pour leur famille ou pour la France. Or, lâĂ©conomie doit impĂ©rativement passer aprĂšs lâhumain.
La conscience soignante prise en otage
Ce texte porte Ă©galement une atteinte inĂ©dite Ă la libertĂ© des mĂ©decins et des pharmaciens. En transformant la mort en une simple prestation de santĂ©, la loi place les soignants dans une impasse Ă©thique insupportable. Le mĂ©decin, dont la vocation est de protĂ©ger la vie, devient un agent d’exĂ©cution ; le pharmacien, un rouage de la chaĂźne lĂ©tale. Faire d’eux des fournisseurs de mort pour soulager les comptes de l’Ătat est une violence inouĂŻe. Contraindre leur conscience, câest transformer le mĂ©decin en exĂ©cuteur administratif de la mort, faire de l’hĂŽpital le lieu d’une gestion comptable des existences et trahir le pacte sacrĂ© qui unit le soignĂ© Ă son soignant.
Choisir la fraternité réelle
On invoque les « cas limites » pour justifier cette rupture, mais la loi Claeys-Leonetti permet dĂ©jĂ d’apaiser toute souffrance sans donner la mort. Le vĂ©ritable Ă©chec n’est pas lĂ©gislatif, il est moral : offrir la mort faute de moyens humains est un renoncement indigne.
En ce jour de dĂ©bats cruciaux, la fraternitĂ© doit ĂȘtre vainqueur face Ă lâabandon comptable. Face Ă la dĂ©tresse, la rĂ©ponse ne doit pas ĂȘtre un crime camouflĂ© sous le masque dâune fraternitĂ© dĂ©voyĂ©e, mais une prĂ©sence qui ne flanche pas. La dignitĂ© ne dĂ©pend pas de ce que l’on peut faire, mais de ce que l’on est : elle impose le respect, jamais l’abandon.

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