par Sergyl Lafont
« LâannĂ©e derniĂšre, nous Ă©tions au bord du gouffre ; cette annĂ©e, nous avons fait un grand pas en avant. »
Cette boutade de Pierre Daninos illustre avec une ironie tragique le dĂ©bat sur la mort assistĂ©e. Ă 48h du dĂ©bat Ă l’AssemblĂ©e Nationale, nous touchons au cĆur de notre façon de vivre ensemble.
đ€ 1. Le mythe du « cadre strict » : l’engrenage fatal.
PrĂ©tendre limiter la mort provoquĂ©e est une illusion. DĂšs qu’elle devient un droit, toute limite devient une injustice. Lâexception d’aujourd’hui sera la norme de demain : des malades terminaux aux mineurs, jusquâaux personnes Ă©puisĂ©es par la solitude. Quand la mort devient un droit, la vie devient une option.
đ€ 2. Du soignant au subordonnĂ© : la fin de la libertĂ© Ă©thique.
Le projet transforme les soignants en exĂ©cutants administratifs aux ordres de l’Ătat :
* Le mĂ©decin « prestataire » : En l’obligeant Ă organiser l’acte lĂ©tal, on en fait un rouage technique. La mĂ©decine ne peut devenir un outil de suppression sans vider les hĂŽpitaux de leur Ăąme.
* Le pharmacien « petit soldat » : RĂ©duit Ă dĂ©livrer du poison sans clause de conscience explicite, il trahit son serment. Un systĂšme oĂč le soignant perd le droit de dire « non » pour protĂ©ger la vie est un systĂšme qui renonce Ă l’humain.
đ€ 3. Lâillusion du progrĂšs par lâimitation.
Le vrai progrĂšs, c’est de ne laisser personne seul face Ă la souffrance. Regardons nos voisins : en Belgique, l’euthanasie rĂ©pond Ă la dĂ©pendance ; au Canada, Ă la prĂ©caritĂ© Ă©conomique. La France doit refuser la mort comme solution publique.
đ€ 4. L’arbre de l’exil cache la forĂȘt du manque de soins.
On invoque l’exil de quelques-uns pour occulter une rĂ©alitĂ© : 300 000 Français sont privĂ©s de soins palliatifs chaque annĂ©e. La rĂ©ponse Ă la dĂ©tresse n’est pas l’injection, mais l’excellence de l’accompagnement. Le manque de moyens ne justifie pas la transgression de l’interdit de tuer.
đ€ 5. Le danger du « devoir de disparaĂźtre ».
Voter la mort assistĂ©e quand 20 dĂ©partements n’ont aucune unitĂ© de soins palliatifs est une inversion des prioritĂ©s. La tentation sera grande de privilĂ©gier la solution la moins coĂ»teuse. Une vie fragile n’est pas un « poids budgĂ©taire », c’est le miroir de notre fraternitĂ©.
đ€ Un choix de civilisation
La dignitĂ© n’est pas nĂ©gociable. Nous avons le choix : une sociĂ©tĂ© de la performance qui Ă©vacue le souffrant, ou une sociĂ©tĂ© de la fraternitĂ© qui renforce la prĂ©sence lĂ oĂč la vie vacille.
En brisant l’interdit de donner la mort, notre sociĂ©tĂ© ne progresse pas ; elle bascule.
Monsieur le Député, Madame la Députée, quel héritage choisirez-vous de nous laisser ?
«

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