par Sergyl Lafont 12 février 2026.
En redécouvrant la réflexion de Maître Jean-Philippe Delsol sur le libre arbitre, une question brûlante s’impose à moi alors que les débats sur la fin de vie animent notre société : la liberté de mourir est-elle l’ultime expression de notre autonomie, ou au contraire, la négation de ce qui nous fonde ?
Pour Jean-Philippe Delsol, le libre arbitre est ce qui distingue l’homme de la machine ou de l’animal : la capacité de ne pas être l’esclave de ses instincts ou de son environnement. C’est le socle de notre dignité. Appliqué à l’enjeu de l’euthanasie, ce concept nous invite à une vigilance éthique majeure :
L’illusion de l’autonomie pure. Nous ne sommes jamais des individus isolés. Le libre arbitre s’exerce toujours au sein d’une communauté. Autoriser l’acte de donner la mort, c’est envoyer un signal de « désespérance sociale » aux plus vulnérables. La liberté de mourir risque de se transformer, pour les plus fragiles, en une insidieuse « obligation de s’effacer » pour ne plus peser sur autrui.
La responsabilité issue du libre arbitre. On pense souvent le libre arbitre comme une indépendance solitaire, mais il est en réalité le fondement de notre responsabilité mutuelle. Parce que l’homme n’est pas une machine programmée, il a la capacité — et donc le devoir — de répondre de ses actes devant ses semblables. Si nous reconnaissons en chaque individu un libre arbitre, nous lui reconnaissons une dignité de « personne » qui nous oblige. Être responsable de l’autre, c’est refuser de valider son désespoir comme une fatalité biologique. Le véritable acte de liberté collective n’est pas d’accéder à une demande de mort, mais de garantir que la vulnérabilité ne soit jamais un motif d’exclusion. C’est en développant les soins palliatifs que nous honorons cette responsabilité : nous répondons à la souffrance par un engagement de présence, affirmant que la vie de l’autre conserve tout son prix, même quand il n’a plus la force de le voir lui-même.
Le refus du mécanisme biologique. Réduire la fin de vie à une procédure technique ou chimique, c’est voir l’homme comme une simple machine dont on pourrait couper le contact. Or, l’humain est un être de liens et de transcendance. Respecter son libre arbitre jusqu’au bout, c’est l’accompagner dans le mystère de ses derniers instants, sans jamais s’arroger le droit d’en fixer le terme.
Alors que le cadre législatif est en discussion, ne confondons pas la liberté avec l’abandon. La grandeur d’une civilisation se mesure à sa capacité de rester solidaire du plus faible, en honorant la vie jusqu’à son souffle naturel.

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