Sergyl Lafont 5 février 2026.
On se lĂšve ce matin avec la sensation dâune « gueule de bois » Ă©thique, abasourdi par ce qui sâest jouĂ© hier Ă l’AssemblĂ©e nationale. Le rĂ©veil est douloureux : la France sâest rĂ©veillĂ©e dans un monde oĂč les derniers remparts de la civilisation ont vacillĂ©. Ce que les adeptes de la « biologie heureuse » ont actĂ© hier, ce n’est plus une loi de compassion, mais le triomphe d’un nihilisme qui ne prend mĂȘme plus la peine de se cacher.
Alors que lâon nous promettait des conditions « strictes », le masque est tombĂ©. Le bilan de la journĂ©e d’hier est un sĂ©isme anthropologique : les dĂ©putĂ©s ont ouvert les vannes de lâirrĂ©parable en incluant la seule souffrance psychique comme critĂšre d’accĂšs Ă la mort provoquĂ©e.
Lâadministration du dĂ©sespoir
La liste des motifs d’Ă©ligibilitĂ© qui ressort des dĂ©bats hier soir donne le vertige. Ce matin, lâangoisse permanente, le sentiment de vide, la fatigue psychique ou mĂȘme la peur de ne jamais aller mieux sont devenus des raisons suffisantes pour que lâĂtat organise la fin d’une vie.
Le deuil et le choc du diagnostic : DĂ©sormais, le choc lĂ©gitime qui suit l’annonce d’une maladie grave ne sera plus accueilli par une main tendue, mais pourra justifier une injection lĂ©tale.
La fin de la mĂ©decine du soin : On passe d’une mĂ©decine qui soulage Ă une technique qui liquide. Si la « fatigue de vivre » devient un critĂšre lĂ©gal, c’est que notre sociĂ©tĂ© a renoncĂ© Ă sa mission de fraternitĂ©.
Lâabdication de lâesprit devant la matiĂšre
Pour cette vision rĂ©ductionniste et matĂ©rialiste, le corps n’est plus le temple de l’esprit, mais une machine dĂ©faillante que l’on jette lorsqu’elle devient trop lourde Ă porter pour soi-mĂȘme ou pour la collectivitĂ©. En niant l’Ăąme, on rĂ©duit la dignitĂ© humaine Ă une simple Ă©quation d’utilitĂ© sociale. On prĂ©fĂšre supprimer le souffrant plutĂŽt que dâassumer le coĂ»t de lâamour, de la prĂ©sence et des vrais soins palliatifs.
Ce que les dĂ©putĂ©s prĂ©parent, sous les traits d’une loi qu’on ne peut qualifier que de scandaleuse, c’est l’abandon de toute verticalitĂ©. Les Français ne demandent pas qu’on les aide Ă mourir par dĂ©sespoir, mais qu’on les aide Ă vivre jusqu’au bout. Ce texte est un dogme au service du vide, une rupture imposĂ©e d’en haut contre le bon sens et le respect de la vie reçue.
Redresser la tĂȘte face au cynisme
MalgrĂ© la stupeur de ce matin, il est temps de proclamer que nous ne sommes pas des machines biologiques. Notre grandeur rĂ©side dans notre aptitude Ă nous offrir mutuellement lâespĂ©rance, surtout quand lâangoisse se fait sombre. Le vrai bonheur nâest pas une sortie technique par dĂ©cret, mais une rencontre humaine et spirituelle.
La France ne peut se rĂ©soudre Ă n’ĂȘtre qu’un laboratoire du nĂ©ant. Face Ă ce matĂ©rialisme qui veut tout niveler, lâĂąme de notre pays doit se lever et affirmer que la vie, mĂȘme blessĂ©e, mĂȘme fatiguĂ©e, garde une valeur infinie que nulle loi inique ne pourra jamais effacer

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