Noël,mystère de joie

Jean Guitton.  22 décembre 1957.

Le mystère de Noël est un mystère de joie. C’est le mystère du Dieu avec nous. Joie n’est pas le mot qui convient le mieux. Il y a quelque chose qui est au-delà de la joie, celui de l’allégresse. Dans ce mot d’allégresse, on met je ne sais quoi de vif, de rapide, qui vient de l’esprit : un bondissement de gazelle. C’est ainsi que se hâtent les anges, les bergers, les mages. Tous se précipitent vers l’enfant. C’est déjà la joie de Pâques, mais avec je ne sais quoi de plus innocent et de plus tendre, car il n’y a pas de souffrance ici, mais seulement la certitude que Dieu est avec nous, un Dieu non plus lointain, mais proche. Le jour de la douleur viendra assez tôt. En attendant, c’est la joie qui passe. Il faut la saisir au vol.
La douleur, la gloire, le mystère, le supplice, le triomphe. tout ce qui éclate dans les Evangiles, dans les Epîtres, dans l’ Apocalypse se trouve ici sous une forme humble. intime et germinale, sous la forme de ces premiers commencements si chers aux mères, qui sont la promesse de ce qui se passera à la fin, lorsque  » Dieu sera tout en tous » l’intervalle étant rempli par le travail, la vigilance, la tendresse et la peine…
C’est l’enfance, non l’enfance enfantine mais l’enfance difficile, celle à laquelle il faut que nous autres, les hommes mûrs, nous revenions comme au modèle d’un idéal presque impossible et si désirable..  Lorsque nous paraissons désirer redevenir enfants, au fond ce n’est pas revenir au passé de l’enfance que nous désirons, car les enfants ne sont pas heureux d’être enfants. Nous aspirons à une innocence retrouvée vers la fin, à une pureté reconquise à travers nos souillures. Noël est le jour qui annonce que cette joie est possible et qui la propose sous l’aspect d’un Dieu devient enfant de l’homme.
Nous naissons vieux, il faut tâcher de mourir jeunes.  « Je n’ai pas vieilli, disait Lacordaire, j’ai connu plusieurs jeunesses successives.  » Noël nous rappelle que toujours
en esprit le rajeunissement est possible. Noël nous dit:  » Tu peux toujours repartir. » Il y a une pensée d’un ancien sage qui est utile ici : « Commence et la moitié est faite. Recommence et c’est fini.  » Noël est la fête du commencement et du recommencement.

Savoir recommencer, c’est tout.
Noël vient de Natalis qui veut dire natal.

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