FESTIVAL DE LA VIE, 25 ANS D’EVANGELIUM VITAE  

Présentation publique de la lettre encyclique « Evangelium vitae », le 5 juin 2021-  Père Matthieu VillemotCollège des Bernardins.

Fondamentalement l’encyclique défend la bonté de la vie humaine et se veut promotrice d’une culture de la vie qui s’oppose à la culture de mort qui se développe aujourd’hui dans notre société et qui reprend la civilisation de l’amour déjà dessiné par Paul VI, et elle condamne ceux qui aujourd’hui s’opposent le plus directement à la vie : l’avortement, l’euthanasie et moins radicalement le suicide

Son actualité principale vient de ce que les attentats contre la vie n’ont cessé de s’aggraver depuis, mais d’abord je vais donner quelques éléments de contexte.

Une Encyclique est une lettre adressée par le pape à tous les évêques, puis au fil de l’histoire à tous les croyants, et finalement à partir de Jean XXIII aux hommes de bonne volonté.

 L’encyclique est un mode d’enseignement pontificale positif ample apparu avec Benoît XIV au XVIII eme siécle siècle et généralisé par Léon XIII à la fin du 19e siècle

Il existe des encycliques de genres variés, certaines exposent la doctrine théologique. Dans le cas de Jean-Paul II, on citera par exemple Ut unum sint sur l’unité de l’église, d’autres condamnent une doctrine ou un mouvement, comme par exemple pour Pie XI Divini redemptoris qui condamnait le communisme. Il y a des encycliques sociales qui forment comme un corpus un peu à part, comme par exemple centesimus annus pour Jean-Paul II, et il y a des encycliques morales comme Evangelium vitae et sur lequel nous allons nous attarder, qui exposent un point jugé urgent de la doctrine morale de l’église.

Jean-Paul II a été prolixe en matière d’encyclique il en a rédigé 14:

Evangelium vitae est la 11e. Elle fait, suite à l’autre grande encyclique moral de Jean-Paul II,  veritatis splendor en 93.

Veritatis splendor avait tenu, selon la doctrine en particulier de Saint thomas d’Aquin, qu’il existe des actes intrinsèquement mauvais, des actes qu’il n’est jamais permis de commettre quel que soit l’intention qui les portent, et l’encyclique avait condamné plusieurs doctrines qui relativisent plus ou moins gravement cette thèse.  

Evangelium vitae applique cette doctrine à plusieurs attentats contre la vie, et défend que l’avortement l’euthanasie et le suicide, avec des degrés de gravité très différents, sont des actes intrinsèquement mauvais, c’est-à-dire qu’on n’a jamais le droit de les commettre, même quand l’intention est l’amour. Souvent nos adversaires défendent que ce qu’ils font, ils le font par amour, or jésus a ordonné d’aimer : et bien c’est une erreur sur ce qu’est un acte intrinsèquement mauvais.

Pour cela l’encyclique va commencer par rappeler la valeur intrinsèque de toute vie humaine et l’interdît du meurtre .

L’introduction de l’encyclique

L’encyclique est titrée exactement « Lettre encyclique sur la valeur et l’inviolabilité de la vie humaine. »

Elle s’ouvre sur la mention de Noël, qui, je cite, apparaît ainsi comme le fondement et l’accomplissement de la joie qui accompagne la naissance de tout enfant. Il faudrait que tout enfant soit accueilli comme le christ a été accueilli par ses parents.

L’encyclique continue en posant la valeur incomparable de la personne humaine. Est alors affirmé un principe très clair et très équilibré que je cite

«  la vie dans le temps est une condition fondamentale, un moment initial et une partie intégrante du développement entier et unitaire de l’existence humaine », donc ce principe évite deux écueils :

– le premier c’est de tant attendre la vie éternelle qu’on en vienne à dévaluer cette vie-ci, et du coup à justifier l’avortement ou l’euthanasie.

Souvenons-nous que les avorteuse étaient appelés « les faiseuses d’anges » ou bien

que l’association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) qui défend l’euthanasie, dans sa charte, s’étonne que les religions n’acceptent pas ce passage vers la vie éternelle qu’est l’euthanasie.

Cette tentation de dévaluer cette vie, elle se sent par exemple dans la célèbre déclaration de Thérèse d’Avila, pourtant si équilibrée par ailleurs, « cette vie est une mauvaise nuit dans une mauvaise auberge ». Cette tentation est plutôt celle des siècles passés, disons du 17e au 19e,( en assumant la part de caricatures).

 –La seconde tentation qui est beaucoup plus celle de notre époque c’est de tant se préoccuper de cette vie ci, de tellement s’y investir, que nous en oublions que notre destinée finale est dans la gloire de Dieu. Qui prêche encore sur notre résurrection finale ou sur le retour glorieux du christ ?

 Cette vie-ci, ajoute le pape, est une réalité avant-dernière, ce n’est pas la réalité dernière, la réalité dernière ce sera la vie éternelle, mais elle est sacrée. Il faut donc tenir à la fois dans notre pastorale que cette vie-ci est inconditionnellement sacrée, et qu’elle est avant dernière. Le pape ajoute que ce caractère sacré de la vie est un principe naturel que tout homme peut trouver dans sa conscience, et en même temps une révélation par le christ.

Jean-Paul II cite à cette occasion une phrase du concile Vatican II qu’il aimait citer extrêmement souvent : « par son incarnation, le fils de dieu s’est en quelque sorte unis lui-même à tout homme ». C’est ce qui fonde notre évangélisation. Bien que la dureté des temps puisse créer en nous une tentation de désespoir, nous savons que le christ parle dans la conscience de celui que nous évangélisons, un espoir de le voir revenir à des sentiments meilleurs demeure donc.

 On voit chez certains catholiques la tentation de se désespérer en matière bioéthique. «  ça ne sert à rien nous avons perdu à tous les coups, pourquoi continuer ? ». Et bien si, nous pouvons continuer, il y a un sens à continuer parce que le Christ parle dans toute conscience humaine.

 De façon très audacieuse le pape rapproche ensuite la situation des enfants à naître de la situation des ouvriers d’europe au temps de l’encyclique Rerum novarum de Léon XIII à la fin du 19e siècle,  encyclique qui a fondé la doctrine sociale de l’église telle qu’elle existe aujourd’hui.  

Là aussi le pape tient en équilibre entre des choses qu’une certaine vulgate idéologique tend à opposer. Toujours en assumant la part de caricatures il y à :

*un catholicisme qui veut s’engager pour les migrants et qui considèrent que l’église en fait trop en matière de bioéthique et

*un catholicisme qui s’engage pour la vie et la famille et qui a du mal avec la question des migrants. Tenir les deux est difficile.

Jean-Paul II nous dit pourtant que morale sociale et morale familiale sont un seul évangile. Benoît XVI le répétera dans caritas in veritate.

Dans la foulée le pape rappelle qu’il a écrit à tous les évêques du monde sur ces sujets : nous verrons l’importance de ce point avec l’avortement.

S’en suivent quatre chapitres.

 chapitre 1

La voie du sang de nos frères. « De ton frère crie vers moi du sol « .C’est l’analyse du meurtre d’Abel par Caïn.

chapitre 2

 Le message chrétien sur la vie ; c’est la partie théologique sur l’inviolabilité de la vie.

chapitre 3

 Tu ne tueras pas. C’est la partie qui condamne l’avortement, l’euthanasie, et de manière moins solennelle le suicide.

chapitre 4

Pour une nouvelle culture de la vie humaine : le titre dit tout.

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CHAPITRE 1

 Le premier chapitre est une longue analyse du meurtre d’Abel par Caïn dans la genèse.

 Déjà Jean-Paul II avait commencé Veritatis splendor par un long chapitre sur le jeune homme riche, son enseignement moral, et en particulier son enseignement sur la vie s’enracine donc dans l’écriture.

C’est capital à rappeler : nous ne parlons pas dans le vide, ou par les caprices d’une série de papes, nous avons enraciné notre enseignement, et les papes d’abord avant nous, dans l’écriture sainte.

 Le pape tire son exégèse de ce passage que tout homicide est un fratricide, puisque tous les hommes sont frères. L’actualité de cette affirmation est obvie avec l’encyclique fratelli tutti .

Jean-Paul II généralise aussi la réponse de Caïn à Dieu : « suis-je le gardien de mon frère ? ». Cette question nous est posée à tous.

Caïn,( je cite le pape), «ne veux pas penser à son frère, et refuse d’assumer la responsabilité de tout homme vis-à-vis d’un autre. On pense spontanément aux tendances actuelles qui font perdre à l’homme sa responsabilité à l’égard de son semblable. On en a les symptômes, entre autres, dans la perte de la solidarité à l’égard des membres les plus faibles de notre société, comme les personnes âgées, les malades, les migrants, les enfants, et dans l’indifférence qu’on remarque souvent dans les rapports entre les peuples, même quand il y va de valeurs fondamentales comme la survie, la liberté et la paix ».

  Donc, de nouveau, il unifie toutes les dimensions de la morale chrétienne. Il s’oppose aussi déjà à notre morale de l’autonomie, qui veut que nous n’ayons que des relations contractuelles, y compris la relation parent-enfant, avec des relations, des réalités, comme la GPA. Nous y reviendrons.

 Déjà Jean-Paul II condamne l’avortement, et il affirme au passage que contrairement à ce qui est souvent dit, la contraception favorise l’avortement.

 Cette affirmation est absolument actuelle. Outre que certains moyens présentés comme contraceptif, y compris dans les tracts du ministère de la santé, sont en réalité abortifs, comme la pilule du lendemain.

Selon l’ined 78 % des femmes recourant à l’IVG employaient un moyen contraceptif.

 La contraception rend plus difficilement acceptable un enfant non planifié.

Certaines féministes justifient la légalisation de l’avortement, justement, par les échecs de la pilule. Certains gynécologues parlent d’ « avortement initiatique », dans ces cas.

Après l’époque où certains, dont des prêtres, considèrent qu’une femme n’est femme qu’une fois mère, voici le temps où il faut qu’elle tue un embryon pour assumer sa féminité.

Pierre Simon, cofondateur du planning familial en France, et rapporteur de la loi Neuwirth sur la contraception, revendique le lien. Je le cite : « une fois la contraception entré dans les mœurs, l’avortement fut reconnu en son temps. Nous avions gagné la guerre, il ne nous restait plus qu’à livrer une bataille ».

 Le pape dénonce une contradiction : alors que l’affirmation des droits de l’homme ne cesse de progresser partout dans le monde, ils sont niés en pratique par les attentats contre la vie.

 Le développement de l’avortement et de l’euthanasie est une menace contre la démocratie parce qu’il engendre des exclusions qui vont contre la convivialité démocratique.

 Le pape voit la racine de ces déviances dans l’identification de la dignité personnelle avec la capacité de communiquer. Il ajoute que l’idéologie qui est derrière les attentats contre la vie nie la dimension relationnelle de la liberté.

« Il condamne je cite « la mentalité qui ne reconnaît comme seul sujet de droit que l’être qui présente une autonomie complète »

Nous revoilà avec l’autonomie.

 Il avait déjà analysé les excès du concept d’autonomie dans veritatis splendor .

Cela se voit spécialement dans les philosophies de l’autonomie absolue comme celle du bioéthicien Engelhardt, qui déclare que les individus n’ayant pas encore, ou plus leur autonomie ne sont pas des personnes, et sont tombés je le cite, « hors du saint des saints de la morale ».

C’est à dire qu’on peut laisser, on peut abandonner un Alzheimer dans un coin de la clinique sans s’occuper de lui : ça ne pose pas de problème moral, parce que ce n’est plus une personne ! 

C’est extrêmement actuel, car les attentats contre la vie aujourd’hui sont justifiés par l’autonomie. Il ne relève que de la libre décision de la personne.

Le chapitre s’achève sur les signes d’espérance de notre époque, les multiples gestes de défense de la vie posés à tous les niveaux, en commençant par les familles.

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 Chapitre 2

Le chapitre deuxième développe le message chrétien sur la vie.

 Il commence de nouveau par un appel à l’espérance, je le cite : 

«  face aux menaces innombrables et graves qui pèsent sur la vie dans le monde d’aujourd’hui, on pourrait demeurer comme accablé par le sentiment d’une impuissance insurmontable : le bien ne sera jamais assez fort pour vaincre le mal. C’est alors que le peuple de Dieu, et en lui tout croyant, est appelée à professer avec humilité et courage sa foi en Jésus-Christ, le verbe de vie. C’est dans le Christ que se révèle la valeur de toute vie, hors le Christ est vainqueur ».

Le chapitre défend que la vie est toujours un bien parce que l’homme a été créé à l’image de Dieu doté d’une très haute dignité, mais la vie de l’homme est aussi précaire.

 Jésus a assumé cette précarité, par exemple en étant poursuivi par les tueurs d’Hérode.

Cette vie est aussi porteuse d’insatisfaction, parce que l’homme est fait pour vivre avec Dieu. Cette vie a été sali par le péché mais les hommes ont été confiées les uns aux autres : ils sont responsables les uns des autres »

 Le pape pose ensuite un développement très original sur la conception de l’enfant (que mon voisin aime beaucoup !).

Quand de l’union conjugale des deux nait un nouvel homme, il apporte avec lui au monde une image et une ressemblance particulière avec Dieu lui même.

Dans la biologie de la génération est inscrite la généalogie de la personne.

En affirmant que les époux en tant que parents sont des coopérateurs de Dieu créateur dans la conception et la génération d’un nouvel être humain, nous ne nous référons pas seulement aux lois de la biologie, nous entendons plutôt souligner que dans la paternité et la maternité humaine, Dieu lui même est présent selon un mode différent de ce qui advient dans toute autre génération sur la terre. En effet c’est de Dieu seul que peut provenir cette image, cette ressemblance qui est propre à l’être humain, comme cela s’est produit dans la création.

 La génération est la continuation de la création.

Donc je répète ce principe :  dans la biologie de la génération est inscrite la généalogie de la personne : autrement dit, il ne faut pas opposer le biologique et le spirituel, ils sont en quelque sorte alliés au sens d’une alliance biblique. Ce point me paraît capital, car les catholiques ont la tentation de tout de suite sauter à l’âme, en oubliant la dignité du corps.

(J’ai un cours sur le corps, ici même, et j’ai presque à chaque fois au moins un étudiant qui me dit : « mais il faut parler de l’âme ! » Non, non non ! prenons le temps de parler du corps : l’âme on en parle tout le temps). Or on sait que cette dignité du corps est au coeur de l’enseignement du pape Jean -Paul II.

Pour asseoir la dignité de l’enfant non encore né, le pape trace un itinéraire biblique qui culmine dans la Visitation. En effet les deux embryons se reconnaissent alors que Jean-Baptiste a six mois et Jésus, sans doute quelques jours.

Je me permettrai d’ajouter un point que ne cite pas explicitement le pape : Jésus à quelques jours est reconnu par Jean-Baptiste comme Christ. Si il est le Christ, il est vrai Dieu et vrai homme, et donc, à quelques jours, l’embryon est déjà vrai homme.

Mais c’est sur la croix que s’accomplit l’évangile de la vie aussi bien pour l’embryon que pour le vieillard ou le grand malade.

 Sur la croix, jésus, je cite : « proclame que la vie atteint son centre, son sens, et sa plénitude quand elle est donnée. »

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 Chapitre 3

Ce chapitre porte sur la loi sainte de Dieu, et en particulier le commandement «  tu ne tueras pas ».

Le pape pose d’emblée que le commandement de Dieu n’est jamais séparé de l’amour de dieu.

 Le commandement de ne pas tuer comporte donc implicitement le commandement de respecter positivement la vie et de la servir. Il est en outre porté par la puissance de l’amour qui nous rend capable de le vivre. C’est d’abord parce que nous sommes aimés que nous pouvons vivre l’évangile de la vie.

Le pape aborde alors différentes questions liées au commandement de ne pas tuer.

 il rappelle la doctrine de la légitime défense, qui peut parfois aller tragiquement jusqu’à la mort de l’agresseur. Il évoque la peine de mort dont il signale qui existe une forte tendance à demander son abolition, tout en maintenant sa légitimité en cas de nécessité absolue.

Il est clair qu’à titre personnel Jean-Paul II était contre la peine de mort, mais c’est au pape François qui est revenu dans « fratelli tutti » l’ initiative de demander cette abolition complète.

Jean-Paul II en vient alors à l’avortement, et constate longuement l’unanimité de la tradition à le condamner, unanimité qui remonte à la Didaké, qui est l’un des plus anciens textes chrétiens non bibliques connu, et il conclut par une déclaration si solennelle que certains se demandent si elle n’est pas dogmatique ; alors je vais la citer un peu longuement, parce qu’elle est vraiment très forte et  très belle :

«  devant une pareille unanimité de la tradition doctrinale et disciplinaire de l’Eglise, Paul VI a pu déclarer que cet enseignement (contre l’avortement) n’a jamais changé, et est immuable .

C’est pourquoi avec l’autorité conférée par le Christ à Pierre et à ses successeurs, en communion avec les évêques, qui ont condamné l’avortement à diverses reprises, et qui en réponse à la consultation précédemment mentionnée, même dispersés dans le monde, ont exprimé unanimement leur accord avec cette doctrine »( donc tous les évêques consultés ont du premier coup été d’accord avec le pape.)

« je déclare que l’avortement direct c’est-à-dire voulu comme fin comme moyen constitue toujours un désordre moral grave en tant que meurtre délibéré d’un être humain innocent.

Cette doctrine est fondée sur la loi naturelle et sur la parole de dieu écrite, elle est transmise par la tradition de l’église, et enseignée par le magistère au niveau ordinaire et universel . »

(Je ne suis pas spécialiste d’histoire de l’église mais je ne connais pas d’autres cas où tous les évêques qui ont donné leur avis ai ainsi été unanime du premier coup)

 Pourquoi une telle unanimité et une telle solennité sur le sujet de l’avortement ?

 Il me semble que l’avortement est paradigmatique de toutes les atteintes à la vie. L’embryon est l’homme dans son état le plus fragile, mais aussi, comme le pape y insiste, dans son état le plus innocent.(III,58 p100)

Il est donc l’état de l’homme qui devrait être le plus défendu. S’autoriser à le tuer, lui, c’est s’autoriser à tuer tout autre humain qui sera moins fragile et moins innocent. Si la vie la plus innocente est condamnée, toute vie est menacée. Il est d’ailleurs frappant que partout la revendication d’avortement est suivie de peu par la revendication d’euthanasie.

En outre l’avortement ouvre à d’autres dérives sociétales, il conduit à la PMA et à la GPA qui s’accompagnent souvent de destruction d’embryons.

Le pape en arrive ensuite à l’euthanasie. Il le distingue fermement de la décision de renoncer à l’acharnement thérapeutique.

De fait, depuis, l’église insiste sur le fait que la seule alternative à la demande d’euthanasie tient dans les soins palliatifs. Les soins palliatifs ont souvent, pas toujours, pour effet de faire cesser la demande d’euthanasie.

Le pape le dit : «  dans la médecine moderne, ce qu’on appelle les soins palliatifs prend une particulière importance. Ces soins sont destinés à rendre la souffrance plus supportable dans la phase finale de la maladie, et à rendre possible en même temps pour le patient un accompagnement humain approprié. »

 Il condamne alors l’euthanasie, quoique avec une moins grande solennité que l’avortement.

 «  En conformité avec le magistère de mes prédécesseurs, et en communion avec les évêques de l’église catholique, je confirme que l’euthanasie est une grave violation de la loi de Dieu en tant que meurtre délibéré moralement inacceptable d’une personne humaine .

 Cette doctrine estfondée sur la loi naturelle et sur la parole de Dieu écrite ; elle est transmise par la tradition de l’église etenseignée par le magistère ordinaire et universel. »

 Le pape rapproche alors l’euthanasie selon les cas du suicide et del’homicide, qu’il condamne au passage. Il reconnaît que le suicide s’accompagne souvent de circonstances atténuantes.

A cette culture de mort, le pape oppose la voie de l’amour et de la vraie pitié éclairée par la mort et la résurrection de Jésus qui promet aux mourants l’espérance de sa résurrection.

 Le pape développe ensuite longuement les relations de la loi civile et de la loi humaine autour du principe tiré des actes :  Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes .

 Il commence par citer les arguments en faveur de la légalisation de l’avortement et de l’euthanasie :

*l’embryon ou handicapé n’a pas la même valeur qu’un homme ( on l’a vu avec Engelhard ),

*seul celui qui est placé dans la situation de détresse concrète est légitime pour décider (donc il faut lui donner les moyens législatifs)

* Les citoyens n’ont pas tous le même degré de moralité : la loi doit s’y adapter.

*Si on interdit l’avortement et l’euthanasie, ils pulluleront sous forme illégale.

Enfin le pape cite l’argument de l’autonomie que nous avons déjà analysé.

A part l’argument de l’inégalité de moralité (les citoyens n’ont pas tous le même degré de moralité),  j’ai effectivement en pastorale entendu tous ces arguments, et il n’y a pas longtemps, donc ils sont tout à fait actuels : c’est encore comme ça que raisonnent nos adversaires).

 L’argument selon lequel seul celui qui est placé dans une situation de détresse peut décider d’un avortement ou d’euthanasie est souvent cité par les féministes aujourd’hui qui sert à interdire aux hommes d’avoir une opinion sur l’avortement puisque c’est une question de femmes.

J’y réponds ainsi,( ça n’engage que moi) : « j’ai été embryon et à ce titre je suis concerné par l’avortement »

Le pape relie tous ces arguments au relativisme éthique.

Le relativisme est souvent rattaché au titre la pièce de Pirandello « à chacun sa vérité » : chacun peut et doit définir sa propre morale, tant qu’elle ne brime pas les droits d’autrui.

 Le pape affirme que beaucoup identifient la démocratie au relativisme éthique.

Je cite un exemple : c’était à l’époque de l’encyclique du pape la position de Bernard Henri Lévy dans son livre « la pureté dangereuse », il a changé d’avis depuis.

Contre le relativisme, le pape écrit ceci : « pour l’avenir de la société et pour le bon développement d’une saine démocratie, il est donc urgent de redécouvrir l’existence de valeurs humaines et morales essentielles et originelles qui découvrent de la vérité même de l’être humain et qui expriment et protège la dignité de la personne.

Ce sont donc des valeurs qu’aucune personne, aucune majorité, ni aucun état ne pourront jamais créer, modifier ou abolir, mais que l’on est tenu de reconnaître, respecter et promouvoir . »

Cette condamnation du relativisme sera plusieurs fois amplifiée par Benoît XVI, y compris presque dans les mêmes termes lors de son discours au bundestag en Allemagne.

 Il s’agit là d’une autre manière de parler de nature humaine et de la loi naturelle selon la doctrine très ancienne de l’église, formalisée par Saint Thomas d’Aquin.

Cette doctrine est directement héritée des stoïciens gréco-romain. L’homme possède une nature commune à tous qui est pour lui une loi, il ne peut s’accomplir qu’en se conformant à cette loi. Cette loi est inscrite en tout homme y compris dans le dernier des pêcheurs, et chacun peut la retrouver en écoutant sa conscience.

 Le pape en fait une application collective que faisait déjà les philosophes antiques.

Cette loi doit être le fondement de la loi de l’état, sans quoi la loi de l’état sera arbitraire et tyrannique.

 Jean-Paul II a souvent insisté en particulier sur le fait que la démocratie doit défendre le plus fragile sous peine de se nier elle-même.

Notons que ces débats sur les liens entre loi civile et loi morale sont extrêmement actuels en France, puisque dans les débats sur la loi, dit à un moment anti séparatisme, elle a changé de nom depuis. Le ministre de l’intérieur a déclaré que tout citoyen devait considérer la loi de la république comme supérieure à la loi religieuse (ce que pas un religieux n’acceptera).

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Chapitre 4

La quatrième partie appelle au développement d’une culture de la vie qui s’opposera à la culture de mort qui se répand.

 Le pape appelle toute l’Eglise à intégrer l’Evangile de la vie dans son évangélisation.

 Il faut promouvoir un regard contemplatif sur la vie qui saura la défendre et en annoncer la dignité.

il faut vénérer et honorer tout homme (ce qui je crois est une citation de Paul VI)

 De ce point de vue, nous, catholiques d’aujourd’hui, avons un examen de conscience à faire.

N’avons nous pas laissé le jeunisme et le culte de la performance nous envahir nous aussi ? ( ça c’est moi qui le dit ) Savons nous dire et contempler que l’homme fragile est le préféré du Seigneur ?

 Le pape affirme que chacun de nous doit reprendre l’affirmation du psaume « je te rends grâce pourtant de prodiges, merveille que je suis, merveille que tes œuvres ».

Pour la personne blessée, fragilisée, c’est parfois un acte de foi dans la nuit, tant le monde lui dit qu’elle ne vaut rien.  

Le pape signale ensuite un certain nombre d’initiatives concrètes qui servent effectivement la vie, comme les centres d’accueil pour personnes toxicomanes, puis il affirme une responsabilité spécifique donnée au personnel de soins.

 Il pose ensuite la famille comme sanctuaire de la vie. je le cite :

 «  la famille a un rôle à jouer tout au long de l’existence de ses membres, de la naissance à la mort. Elle est véritablement le sanctuaire de la vie, le lieu où la vie de Dieu, la vie don de Dieu, peut être convenablement accueilli et protégée contre les nombreuses attaques auxquelles est exposée, le lieu où elle peut se développer suivant les exigences d’une croissance humaine authentique. C’est pourquoi le rôle de la famille est déterminant et irremplaçable pour bâtir la culture de la vie  . C’est là un appel à nos familles. Ce n’est pas forcément simple pour une famille disons classique d’accueillir la fille enceinte de 17 ans. Il y faut la force de l’humilité du Christ. Je ne peux ici que saluer le courage de mes parents qui l’ont fait. »

Le pape insiste sur le rôle du génie féminin et appelle un nouveau féminisme qui mettra ce génie au centre, mais il souligne également la miséricorde du christ envers les femmes qui ont avorté. Je le cite « je voudrais adresser une pensée spéciale à vous, femmes qui avez eu recours à l’avortement.

 l’Eglise sait combien de conditionnements ont pu peser sur votre décision et ne doute pas que dans bien des cas cette décision a été douloureuse est même dramatique.

il est probable que la blessure de votre âme n’est pas encore refermée, en réalité ce qui s’est produit a été et demeure profondément injuste mais ne vous laissez pas aller au découragement et ne renoncez pas à l’espérance, sachez plutôt comprendre ce qui s’est passé et interprétez le en vérité. Le Père de toute miséricorde vous attend pour vous offrir son pardon et sa paix dans le sacrement de réconciliation. »

Donc le pape appelle à la miséricorde face à la tragédie de l’avortement, ce qui implique que par exemple, (c’est moi qui parle là) les meurtres de médecins avorteurs, comme il s’en produit encore aux USA sont inacceptables et contraires à la pensée de Jean-Paul II. Comment défendre la vie par la mort ?

Enfin, la conclusion comme les conclusions de presque toutes les encycliques de Jean-Paul II se tournent vers la Vierge Marie comme signe de la femme enceinte dans l’apocalypse.

 La condamnation de l’avortement et de l’euthanasie sont certainement le sommet de cette encyclique et ont certainement été pensé comme tel, mais ces condamnations sont indéfendables si elles sont séparées de l’appel à la culture de la vie, de la paix l’amour, et de l’appel à la miséricorde.

 Evangelium vitae reprend et met en forme solennelle une doctrine classique sur l’avortement et l’euthanasie, mais l’insère dans cet appel à une culture de la vie qui prépare l’idée d’écologie intégrale du pape François

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LETTRE ENCYCLIQUE EVANGELIUM VITAE DU SOUVERAIN PONTIFE
JEAN-PAUL II

https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/encyclicals/documents/hf_jp-ii_enc_25031995_evangelium-vitae.html

Trente ans d’Evangelium vitae: l’intuition visionnaire du Pape Jean-Paul II

https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2025-03/30-ans-evangelium-vitae-jean-paul-ii-visionnaire.html#:~:text=entretien-,Trente%20ans%20d’Evangelium%20vitae%3A%20l’intuition%20visionnaire%20du,enseignements%20sont%20toujours%20d’actualit%C3%A9.

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