Publié le 16 Juin 2025 L’homme Nouveau
> C’est logique ! de François-Marie Portes
L’Assemblée nationale a voté en faveur de l’euthanasie sous couvert d’une « aide à mourir » et d’une prétendue « dignité ». Derrière ces mots se cache une logique perverse : faire passer pour un acte altruiste ce qui est, en réalité, une atteinte à la vie humaine.
Ça y est, nous y sommes… Emmanuel Macron nous l’avait promis lors de sa précédente campagne. Les débats sur la « fin de vie » allaient être soumis à la représentation nationale. Le bref sursis donné par les Jeux olympiques puis par les différents gouvernements mis en échec ne fut qu’une parenthèse dans un programme depuis longtemps préparé.
Lassitude générale
Une lassitude semble s’emparer des Français sur le sujet. Nous ne cacherons pas à notre lecteur que nous éprouvons nous aussi cette lassitude. La majorité des médias traitent du sujet en dilettantes, les manifestants pro-vie peinent à réunir du monde dans leurs manifestations et les soignants sont invisibilisés dans ces réflexions, n’étant plus considérés que comme des techniciens affectés au service de la volonté des « malades » ou, pour le moins, de celle de « patients » impatients d’en finir.
Bien qu’une de nos spécialités d’enseignement soit la philosophie morale (appelée parfois « éthique »), ce que nous allons faire relève principalement du domaine de la logique, du rationnel. Pour autant, rien qu’avec ce maigre outil, l’on parvient à des jugements moraux sur cette question.
Comme d’habitude, c’est une expression qui nous a fait réagir. Pourtant, peu de personnes semblent vouloir s’y arrêter. Il s’agit de l’expression, érigée en nom d’association, « mourir dans la dignité ».
Nous allons tenter, dans un premier temps, de montrer à notre lecteur le caractère profondément stupide de cette expression. En effet, associer le concept de « dignité » à celui de « mort » n’est absolument pas légitime.
La dignité signifie selon le Larousse le « respect que mérite quelqu’un ou quelque chose ». La loi actuelle, ainsi que la communication autour, va donc introduire une profonde confusion dans l’appréciation de ce qui est en jeu.
Deux choses sont à remarquer et à préciser.
Premièrement, une « mort digne » n’existe pas.
Mourir est un fait. Le respecter est inutile. La raison fondamentale de cela est que ce qui est subi (le fait de pâtir) ne souffre pas d’être respecté. Être fiévreux, mouillé, avoir chaud ou être blessé sont autant d’exemples qui, si on les affublait d’un adjectif comme « respectable », deviendraient absurdes. Ainsi « être respectablement mort » est rarement voire jamais employé. Les seules réalités susceptibles d’être respectées sont la personne ou son action et non pas ce qu’elle subit.
Par ailleurs, parler de « morts dignes » ou alors de « mourir dans la dignité » supposerait qu’il puisse exister des morts indignes ou des décès dans l’irrespect.
Or ce n’est pas la mort qui est plus ou moins respectable. Une personne qui meurt dans sa salle de bains en glissant subit une mort qui n’est pas moins digne qu’une autre décédant dans un accident de voiture. Aussi il n’existe pas de dignité dans le fait de mourir.
Il s’agit donc de respecter la personne qui meurt et non la mort, ou la modalité par laquelle elle meurt.
Le respect peut alors se décliner de plusieurs manières.
- Soit on respecte la mémoire des morts, et donc il s’agit d’honorer les défunts, leur vie et ce qu’ils ont fait. Ici, on parlera de rendre hommage aux morts.
- Soit on va respecter le mourant en refusant toute attitude dégradante vis-à-vis de son agonie.
Deuxièmement, cette loi fait passer une « aide au suicide » pour un acte d’altruisme respectueux.
Le suicide est le fait de mettre fin volontairement à sa propre vie. Euthanasier quelqu’un, c’est mettre fin volontairement à la vie d’un autre, avec son accord ou à sa demande. Dans un cas nous sommes face à une action du sujet qui va se tuer lui-même. Dans le second, nous sommes face à une action d’un tiers qui va tuer quelqu’un d’autre. C’est bien ce qui distingue un « sui-cide » (littéralement « tuer soi-même ») d’un « homicide » (littéralement « tuer un homme »).
La loi et les associations parlant « d’aide à mourir » ou de « suicide assisté » frôlent l’impertinence voire la mauvaise foi. Il s’agira non pas d’un poison pris par la personne mais d’un « autrui » qui la tuera. La problématique réelle n’est pas de savoir s’il est légitime de vouloir attenter à sa propre vie. Aucune loi ne peut réellement l’interdire. La personne qui souhaite se suicider le fera. En revanche, ici, la question est de savoir si un tiers peut nous tuer si nous sommes d’accord ou que nous le demandons.
Mais ce raisonnement doit être reformulé : « Puis-je faire le mal moralement pour respecter la volonté d’autrui ? » Ou encore : « Peut-on faire le mal par altruisme ? » Cela voudrait dire que l’arbitre ultime du bien et du mal est la volonté d’autrui, qu’il soit souffrant ou non. Mais alors pourquoi s’arrêter là ?
Le bon combat
Si un tiers me demande de l’agresser, de l’exploiter, de le dominer, d’abuser de lui, de le voler, de lui mentir ou de le tromper, dois-je obéir ? Puis-je le refuser ?
La question à poser est celle de l’origine d’une telle demande. Pourquoi certains en viennent à demander qu’on les tue ? Le collectif « Jabs » (Jusqu’au bout solidaires) propose une analyse glaçante autant que pertinente dans le journal L’Humanité du 11 mai dernier.
« La société aura abandonné les personnes âgées, handicapées en les reléguant derrière les murs d’institutions où œuvrent tant bien que mal des soignantes maltraitées et déconsidérées. Elle les aura convaincues qu’elles n’ont plus leur place parmi nous, qu’elles coûtent, en argent et en temps, que personne ne veut “finir comme ça”. Et maintenant, on offrira l’alternative : se satisfaire de conditions de vie appauvries ou demander soi-même à disparaître, “libre et digne”. »
L’accès aux soins, à la considération, à la compassion, voilà le véritable combat à mener, et non pas celui d’une ouverture soi-disant généreuse au droit à la mort qui n’honore et ne respecte que le portefeuille vidé d’un État endetté. Incapables de choisir de soutenir les plus faibles, nous légiférons pour nous en débarrasser, détruisant par cela même le fondement de notre civilisation. Nous remercierons plus tard nos députés d’avoir, par cette loi, euthanasié par altruisme un pays en grande souffrance.

Laisser un commentaire