« espérant contre toute espérance, il crut »
Romains, 4, 18.
#Noël, au coeur de la nuit, cette année comme chaque année, rythme ma vie comme les battements de l’horloge.
 chaque fois, je sens mon âme interpellée, et ne sais plus quoi penser tant cette période me parait étrange et mystérieuse.
Dans ce monde de plus en plus angoissant, Noêl survient avec son #rituel immuable.
On s’offre des #cadeaux, on se réunit au sein de sa famille et de ses proches, quand on à la chance d’en avoir une et de ne pas être plongé dans l’isolement.
Pourtant #Jésus ne semble plus habiter le coeur de la majorité de mes contemporains, si j’en crois les sondages.
Pour ma part je ressens le besoin de faire une pause, et même si je participe à la fête familiale, je sens bien que l’essentiel ne se passe pas à l’extérieur mais à l’intérieur de moi-même.
Au delà des tempêtes qui agitent le monde, au delà des vagues de mon âme, il y a autre chose au fond de moi qui m’interpelle. Il y a ma vie qui passe, et chaque Noël me le rappelle: une naissance est toujours le commencement d’une finitude. Tout passe, bien sûr, mais ce « tout » c’est quoi au juste?
Bientôt nous ne serons plus rien comme si nous n’avions pas existé. Le monde s’en va avec nous, avec ses catastrophes qui elles aussi passent et se succèdent, toujours plus meurtrières précipitant tant d’existences dans la souffrance et la mort.
Et puis, il y a ces souffrances à ma porte, tout ceux qui se gèlent sous des tentes dehors tandis que j’écris en ce moment bien au chaud. Tout ceux qui ont froid, faim, sont malades et dénués de tout et qui survivent comme ils le peuvent et pour lesquels « on » ne fait jamais assez par rapport aux besoins immenses qui sont les leurs, tandis que les signes ostentatoires de richesse débordent de partout dans le monde.
Combien de désespérés pourraient sortir de la misère avec l’argent d’un seul yacht de milliardaire?
Toutes ces possessions luxueuses, ces étendards du luxe, sont des prothèses ridicules pour handicapés du bonheur dans la vie, quand on y réfléchit bien !
Quelle tristesse d’observer ces richissimes infirmes fracturés du coeur, qui ont besoin de depenser des sommes d’argent astronomiques pour jouir de l’existence !?
Quel aveu pathétique de faiblesse que d’avoir un tel besoin de luxe pour assouvir la soif de ses sens déréglés, et comme cela contraste avec la force de caractère des migrants qui trouvent la force d’espérer et de tenter de vivre au sein de tant de dénuements et de souffrances!
Ce malaise que je ressens quand je regarde le monde est bien le constat de mon impuissance, de tout ce que je ne fais pas, de ce que j’aurais pu faire, en plus du petit peu que je fais tout de même.
Voilà, Noël est là, et je suis bien content de retrouver ma famille, de bien manger et bien boire, d’échanger et de passer un bon moment papillotes chocolats champagne, et mon malaise se dilue dans la coupe pétillante.
Mais…cette Eglise vieillissante me choque avec tous ses scandales, avec des messes où je ne suis pas sûr de tout bien comprendre ..mais peut-être n’y a t il rien à comprendre?
Pourquoi j’y vais?
Peut-être mon attirance pour le mystère, une quête intérieure d’une présence au delà du monde qui passe et qui est là, dans un « ailleurs » auquel l’atmosphère si particulière d’une église m’invite à réfléchir, comme le fait la musique et l’art en général, sans lesquels je ne saurais vivre.
Noël, c’est Jésus, cet homme qui est né il y a deux mille ans environ. Un homme bon, certainement, comme il y en a eu beaucoup, un immigré mal accueilli comme ces immigrés à ma porte pour lesquels les associations se battent courageusement et volontairement chaque jour, avec toutes ces femmes et ces hommes généreux et admirables, et il y a aussi tout ces biens pensants qui parlent des #migrants et des #SDF comme d’objets qu’il faut déplacer et « renvoyer dans leurs pays », tout en sachant bien que s’ils sont « chez nous », c’est parce qu’ils n’ont pas le choix et ne peuvent plus rester « chez eux » bien sûr.
Que #Jésus ai existé ou non, à y bien réfléchir cela m’importe peu car je sais avec évidence qu’au fond de mon coeur existe une chaleur que je retrouve quand la vie me blesse et me glace.
Je sais qu’au fond de moi mon #enfant intérieur si fragile demande en permanence de l’attention, de la douceur, ce baume que le monde qui m’entoure ne peut pas m’apporter, car l’intimité qui m’est nécessaire est si singulière et profonde que même ceux qui m’aiment le plus ne peuvent rien « faire », ou plus tôt, ne peuvent rien « être », oserais-je dire.
Oui! Il me faut ma petite crèche intérieure, cet être intime blotti auprès de mon coeur que rien ni personne ne peut m’apporter en ce bas monde, et sans lequel je me désespère.
Certes, le champagne et les chocolats me feront passer un bon moment comme chaque année, je serai sur mon nuage rose et pétillant comme celui de ma coupe, je pourrais ressentir tous les sentiments amoureux de la terre et tous les « coups de foudre », être ébloui par toutes les beautés artistiques que le monde peut créer, il me faudra tout de même rechercher cet enfant essentiel pour ma vie auquel je veux m’agripper de toute mes forces, et que je sais attentif à mon existence.
Il y a au fond de mon être une présence en forme d’absence et qui ne passera pas, m’apporte en permanence l’énergie vitale dont j’ai besoin, cet « au dedans » de moi que je peux retrouver au delà du monde qui m’entoure.
Ce monde parait si désespérant par sa froideur et surtout la solitude et la culpabilité dans lesquelles il m’abandonne à moi-même en raison de ma trop fréquente et lamentable indifférence.
Cet enfant qui nait aujourd’hui va mourir un jour comme moi, mais s’il est né il y a deux mille ans, je le ressens aujourd’hui comme hier et toujours, chez moi, dans mon intimité. Il est donc vivant aujourd’hui, et n’est donc pas mort. Cette union intérieure qui m’habite est-elle mortelle, si elle est Amour ? Ne pourrais-t-elle pas faire communiquer, communier devrais-je dire, pour peu qu’ils se penchent sur leur coeur, tous les hommes au delà des massacres et des horreurs que nos pulsions peuvent nous faire commettre, car, à bien y regarder, nous sommes tous des assassins en puissance ?
Au delà des pires atrocités du monde, quelle force nous retient encore ici bas, si ce n’est une #espérance mystérieuse, invincible et irraisonnée, au delà de nos vaines espérances pour un monde meilleur qui ne vient pas et ne viendra probablement pas?
Ces parcelles d’ « heures étoilées » de nos vies comme dirait Stefan Zweig, ces lueurs d’émerveillement que nous vivons au delà de la détresse de notre monde, que ce soit nos élans amoureux ou des couchers de soleil qui nous plongent dans l’extase, ne sont-elles pas des signes de l’ami éternel qui est peut-être si proche de nous qu’il est au delà de ce qui passe, tant il nous est intime, là ou le temps semble suspendu?
Au delà du temps, il ne nous quittera peut-être pas, peut-être ..jamais? Car si cet enfant nait dans notre monde comme tous les enfants et comme nous jadis, si même ceux qui ne croient pas en lui vont faire la fête ce soir et se réunir en famille pour le 25 décembre, c’est peut être parce que cette présence mysterieuse est au delà du « je crois ».
Peut-être qu’il n’y a qu’à #être, à devenir, à rejoindre ce que nous sommes avec cet enfant, c’est à dire à naître à notre humanité au delà du temps puisque même si elle s’évapore, rien ne pourra être comme avant puisqu’elle aura existé.

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