Quand un tableau ou un air « très vieux, languissant et funèbre » me captive, c’est bien parce qu’il fait écho en moi avec ce « quelque chose » qui me brule et que je ne saurai explorer et encore mois identifier sans lui. Il est ce miroir de la contrée mystérieuse du pays nommé « moi-même » qui ne demande qu’à éclore au plein jour de ma conscience, et qui est enfoui par les chaos et les blessures de mon existence. Sans les artistes, aurais-je un visage, ou serais-je l’un de ces pauvres zombies errant dans la rue tel un taulard condamné à vivre l’invisible de lui-même, sans miroir salvateur éclairant mes blessures béantes et brulantes?
Cet écho que l’artiste me permet d’entendre ou de voir avec mes sens donne du sens à ma vie et me fait grandir. Sans les artistes, nous ne pourrions pas évoluer vers la maturité de nous-même, et serions condamnés, enfermés dans un moi enfant au seuil d’un corps monstrueusement adulte car coupé de son être en errant à la superficie de lui-même.
Cette quête illusoire de pouvoir, cette fuite hors de soi-même pour rechercher une sécurité au sein d’un monde par essence éphémère en oubliant sa propre nature humaine limitée dans le temps, n’est-elle pas à la racine même des désordres de notre monde en souffrance?
Il n’est que trop évident que l’image caricaturale et pathétiques de beaucoup de dirigeants du monde entier « hors-sols » car hors d’eux-mêmes, et leurs actions inquiétantes pour l’humanité et notre planète ne peuvent être conjurées que par un travail de recentrage de chacun sur l’essentiel c’est à dire son être invisible, seul partie inaltérable de notre « véritable vie ».
Les artistes sont ces abeilles de l’invisible, et par conséquent doivent être encouragés en urgence et avec vigueur car leurs créations qui pansent les plaies de notre monde n’ont jamais été aussi nécessaires qu’en ces temps d’angoisse planétaire.
Nous avons tous en nous une petite abeille artiste…ne las tuons pas avec les pesticides sécrétées par notre orgueil démentiel: c’est notre devoir le plus absolu car le premier pas pour échapper à la prison de nos aberrations.
« Nous sommes les abeilles de l’Univers. Nous butinons éperdument le miel du visible pour l’accumuler dans la grande ruche d’or de l’invisible. »
Rainer Maria Rilke.
“
”

Laisser un commentaire