Quand l’art vient au secours de la santé.

Depuis la nuit des temps, la médecine a toujours été le reflet fidèle de l’image que l’homme se fait de lui-même au cours de l’histoire, vision si bien exprimée par les arts au travers des siècles.

L’artiste, quand à lui, a le désir d’exprimer son univers intérieur et de libérer ses émotions et ses visions en les sublimant via ses créations.

Si l’être humain vit en harmonie dans le monde avec les deux dimensions de son être, visible et invisible, l’importance portée à chacune d’entre elles par les soignants a été très variable au cours de l’histoire.

Avant l’explosion fulgurante des connaissances médicales, l’ignorance au fil des siècles de l’anatomie, de la chimie et des aspects microscopiques du vivant a conduit devant le mystère que représentait la survenue d’une maladie, à croire à l’influence de forces invisibles sur le corps. Les esprits et toutes les forces obscures de l’univers ont hantés durant des siècles les pensées des guérisseurs et des malades en fonction de leurs croyances religieuses. La médecine a longtemps considéré que les causes majeures des souffrances physiques et psychiques de l’homme dans son existence provenait d’esprits maléfiques. La lecture d’ écrits spirituels comme la Bible par exemple, foisonnent d’exemples à ce sujet, et le Christ chasse les démons du corps des malades à de multiples reprises.

Afin de conjurer les forces obscures du monde invisible, différents rituels magiques étaient utilisés, dans lesquels des formes d’expressions artistiques variées avaient une place tout à fait prépondérante (chants et danses rituels, musique, peintures, sculptures dessins, théâtralisation etc. etc..).

Dans ce contexte, les activités artistiques ont joué un rôle majeur en tant que puissants leviers pour provoquer une catharsis (cad une purgation des passions et émotions négatives) et permettre aux patients d’appréhender la gestion de leurs états émotionnels.

Ainsi, dans un monde où l’origine des souffrances physiques et psychologiques étaient mystérieuses, attribuées à l’action sournoise de puissances maléfiques et par conséquent angoissantes, l’expression artistique était une alliée puissante pour gérer les frayeurs des malades et leur permettre d’exprimer leurs peurs, de rééquilibrer voire de guérir le corps et l’âme en les réconciliant avec le monde et la nature.

Les grandes découvertes scientifiques survenues à partir du XVII ème siècle avec de grands scientifiques comme Descartes, etc. etc… puis au XVIIIème siècle avec les grands chimistes, physiciens et mathématiciens, ont entrainés une explosion des connaissances sur les différents organes du corps et de leur extraordinaire complexité. La médecine évolua alors rapidement vers une conception rationnelle et scientifique basée de plus en plus sur la chimie et la physique, ce qui permit des progrès considérables dans la définition, le diagnostic, la compréhension moléculaire et le traitement des maladies.

Cette évolution majeure s’est accentuée de plus en plus fortement jusqu’à nos jours en raison des succès médicaux impressionnants observés, au point de négliger, voire d’oublier et de considérer comme entièrement dépourvu d’intérêts et comme relevant de l’obscurantisme tous les acquis antérieurs des autres approches des maladies basées sur des conceptions beaucoup moins matérialistes du corps humain, en particulier, des visions intégrant la nécessaire harmonie de l’homme avec la nature, autrement dit ses relations sensorielles et énergétiques avec les formes de vie qui l’entourent, avec une place centrale pour l’expression artistique, comme force puissante et source vitale d’harmonie et de bien-être .

De nos jours, la médecine a souvent tendance à considérer le patient comme une machine complexe, oubliant les liens et l’intégration nécessaire à réaliser pour une approche holistique des soins entre la maladie, avec son cortège de souffrances physiques et mentales, et la personnalité du patient avec son histoire.

Se contenter de soigner un être humain comme un garagiste répare une voiture est une aberration. Une voiture, une machine, un robot n’ont pas d’histoire personnelle ni de destin, mais éventuellement une mémoire numérique, certes infaillible et surpuissante, mais artificielle et morte.

Une maladie ne se résume pas à la conséquence de dérèglements organiques, mais est caractérisée par une expression corporelle qu’il faut écouter (d’où l’importance capitale de l’interrogatoire et de l’échange médecin/malade souvent relégué au second plan aujourd’hui), car le corps a sa forme d’intelligence dont il faut nécessairement tenir compte. il s’agit d’une étape qui s’intègre dans l’histoire singulière du patient.

Les racines de l’inspiration artistique sont le plus souvent en relation avec le désir humain d’exprimer des émotions via différents canaux: sons, chants, dessins, peinture etc.. etc…Une volonté de libération émotionnelle, de communication, de désirs d’établir des liens affectifs caractérisent l’expression artistique, permettant une sublimation créatrice des pulsions.

Les psychiatres et les psychologues cliniciens ont vite reconnu l’importance de l’expression du corps et de l’esprit en thérapie et les effets bénéfiques des activités artistiques en général.

Guérir un patient passe par une action de reconnaissance et une intégration de l’évènement « maladie » dans son histoire, car notre corps porte en lui les empreintes de nos émotions et de notre histoire intime.

L’art s’adresse à la part de l’individu qui fait véritablement sens dans sa vie.

Les activités artistiques situent le patient par rapport à son univers et l’interpelle sur les liens qu’il possède avec le monde qui l’entoure: ses émotions, ses rapports avec le beau, l’échange avec autrui et la nature animale végétale et minérale…et son besoin de reconnaissance de la part d’autrui que nous avons tous, et que l’expression artistique peut susciter.  L’art participe à l’harmonie de l’être et par conséquent concerne autant, voir plus la médecine préventive trop négligée, que curative.

A quoi peut bien servir une médecine réparatrice d’un patient assimilant le patient à un corps « machine », dépourvu de projet de vie, dont l’existence n’aurait pas de sens.? .

Ne s’agit-il pas de démarches condamnées à un échec ultérieure et à une rechute inéluctable, éventuellement sous une autre forme d’expression corporelle, d’un malade dont le message n’a pas été écouté avec l’attention qu’il mérite.? Réparer un zombie serait l’ultime non-sens de la déshumanisation de la médecine !

Il ne faut jamais oublier que notre équilibre corporel est renforcé en permanence par la puissance de notre volonté d’avancer dans la vie afin d’ accomplir un projet, dans le cadre d’une destinée.

Il est nécessaire que les soins participent au renforcement d’une santé globale, intégrant le corps avec le projet de vie et l’histoire du patient; autrement dit, il est nécessaire de développer une médecine plus intégrative.

La place de l’art dans le cadre d’une approche globalisante du malade est au moins double:

  • Le patient peut s’exprimer au travers d’une activité artistique; dans ce cas le patient est actif et participe à une création qui donne sens à son corps et à son esprit.
  • Le patient contemple une activité ou une oeuvre artistique, et alors intègre dans son corps et son esprit un message qui s’adresse à ses émotions et interpelle son histoire.

De nombreux effets bénéfiques des activités artistiques dans le domaine de la préventif ou thérapeutique ont été décrits dans le cadre de pathologies variées.

Par exemple, un meilleur équilibre de l’humeur et une meilleure gestion du stress renforce la tempérance et réduit les attitudes compulsives, ce qui aide à prévenir l’obésité et le diabète gras, et diminue la vulnérabilité aux addictions de toutes sortes.

Les effets bénéfiques au niveau du système nerveux sont nombreux.

Ont été décrits les effets positifs de certaines activités artistiques sur la régulation des troubles de l’humeur, la prévention des troubles dépressifs et cognitifs. Un effet bénéfique sur la prévention et la prise en charge de la maladie d’Alzheimer a également été observé.

Par ailleurs une meilleure prise en charge de la douleur et des troubles psycho-somatiques peut être obtenu en musicothérapie et en art-thérapie, qui sont également très utilisées avec succès chez des patients atteints de cancer ou d’hypertension artérielle.

De nombreuses approches pour faire entrer l’art et des activités artistiques dans des lieux de soins on été réalisés avc succes dans le monde.

Déjà au moyen-age, on observe de nombreux exemples d’oeuvres d’arts qui ont été introduites dans des lieux de soins, comme par exemple le sublime polyptique du jugement dernier de Rogier van der Weyden (1445-1450) des hospices de Beaune:

https://www.lavieb-aile.com/2016/09/le-polyptyque-du-jugement-dernier-1445-1450-de-rogier-van-der-weyden-aux-hospices-de-beaune-a-la-loupe-ii-les-visages.html

L »architecture splendide des Hôtel-Dieu ( https://www.dailymotion.com/video/xl309g ) est un autre témoignage de la volonté d’ entourer les malades de beauté, à une époque ou son effet bénéfique sur la santé des patients était reconnu. L’idée dominante était alors que le beau participait aux soins et célébrait la dimension spirituelle de la personne malade. L’expression symbolique de l’art chrétien glorifiait le divin de toute part au sein de l’architecture hospitalière, grâce à des peintures et décorations illustrant les textes sacrée, et plaçait en évidence la force de la foi et de la vie spirituelle au devant les malades afin qu’ils soient soutenus par l’espérance de la guérison et/ou de la vie éternelle .

Actuellement de nombreuses initiatives pour introduire les arts dans le domaine du soin voient le jour: citons quelques exemples…

Dans plusieurs pays (Canada, Belgique, Royaume-unis…) les thérapeutes peuvent faire des prescriptions muséales (cad visiter des musées) , conduisant ainsi le patient à bénéficier de la contemplation des oeuvres d’arts dans les musées:

L’ange du polyptique du jugement denier de Rogier van der Wieden, situé aux hospices de Beaune.

(Photo Sergyl Lafont.)

https://www.francetvinfo.fr/culture/arts-expos/musee-orsay/sante-se-soigner-en-allant-au-musee_5127664.html )

Ainsi l’association « art dans la cité » ( https://www.artdanslacite.eu/fr/ ) propose des œuvres d’art innovantes et durables pour tous les espaces des établissements de soins.

Des espaces de soins consacrés à une approche intégrative de la médecine, comme l’Institut Rafaéle ( https://institut-rafael.fr) , dirigé par le docteur Alain Tolédano ( https://www.youtube.com/watch?v=wFGorz3jJBA ) et ( https://www.alternativesante.fr/medecine/l-art-de-soigner-dr-alain-toledano ) , se développent.

En musicothérapie, de nombreuses èxpériences prometteuses sont développées comme « le pansement Schubert » par la violoncelliste Claire Oppert ( https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-grande-table-culture/claire-oppert-cordes-sensibles-3664609 ) .

Citons également le fond de dotation « artcurhope » ( https://www.artcurhope.com/ ) l’association « l’invitation à la beauté » (http://www.linvitationalabeaute.org/ ) ou encore les travaux de Andrzef Szczeklik bien décrit dans son ouvrage:

« Catharsis. Sur le pouvoir de guérison de la nature et de l’art »:

https://pl.wikipedia.org/wiki/Katharsis._O_uzdrowicielskiej_mocy_natury_i_sztuki

Pour beaucoup, au travers de sa déja longue histoire, la médecine évolue entre science et art.

Dans la Grêce antique les Pythagoriciens considéraient que la médecine purifiait les corps, mais que les arts purifiaient l’âme.

En CONCLUSION, après avoir été centrée sur l’âme puis sur le corps physique, il serait souhaitable que les soins évoluent vers un juste milieu en considérant les différents aspects de l’être humain pour une approche véritablement holistique du patient.

Cette évolution naturelle et logique du point de vue de l’histoire de l’évolution des soins se heurte aux lobbying du business de la santé et des « bigpharma » , qui sous l’influence des muses de Wallstreet ont un fort pouvoir d’influence sur les pratiques médicales, en confondant « patients » et « clients ». Les énormes enjeux financiers poussent à maintenir une pratique « commerciale » de la médecine , dans laquelle le patient tient un rôle beaucoup trop passif, et investit son espoir de guérison dans le médicament miracle, à l’exclusion de tout autre démarche active personnelle.

Souhaitons que l’urgence écologique de notre monde en souffrance entraine le plus vite possible une prise de conscience globale intégrant une nouvelle vision de l’homme responsable de son destin, libre et actif, replaçant ainsi l’approche intégrative des soins au centre des préoccupations d’une humanité contrainte par les impératifs climatiques, à l’harmonie, à la tempérance et au respect de la nature dont la beauté reste la source et la mère de tous les arts, véritable oxygène vital de l’avenir de l’humanité.

Ainsi, on peut formuler l’espoir que la nouvelle vision de l’homme qui est en train de naître devant l’urgence générée par le drame d’une terre nourricière souffrante, va entrainer dans son sillage une médecine intégrative renouveĺée , libérée du joug d’un business tout puissant, et où les arts joueront un rôle majeur, en association avec une médecine scientifique de plus en plus performante, pour le maintien de la santé globale des humains.

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