« Quand on est quelqu’un, pourquoi vouloir être quelque chose ? »

« En quoi l’Académie peut-elle les honorer? Quand on est quelqu’un, pourquoi vouloir être quelque chose ? »
(Lettre du 13 juin 1878 de Gustave Flaubert à la princesse Mathilde sur la volonté d’Hippolyte Taine et Ernest Renan de briguer un fauteuil à l’Académie Française.).
La réaction de Gustave Flaubert dans son journal aborde clairement la question de notre image dans la société : « Quand on est quelqu’un, pourquoi vouloir être quelque chose ? ».
En quoi un titre, une décoration, bref, un signe de reconnaissance sociale est souvent l’objet de notre convoitise, alors qu’il ne s’agit que d’ une étiquette impersonnelle, et discutable..?
Pourquoi cet attachement à notre image extérieure, tel Narcisse?
L’image que nous projetons sur autrui n’est qu’une « chosification » désincarnée qui nous isole en nous rendant prisonnier d’une vision parcellaire de nous-même par la société.
Il s’agit là d’un mécanisme de protection que nous exerçons en raison du ressenti de nos propres fragilités qui nous angoissent face au monde .
Nous avançons masqué, fardé, décoré, pour être bien accepté du plus grand nombre et ne pas être rejeté, et en fin de compte, nous sentir protégé de façon parfaitement illusoire par notre entourage qui ne projète sur nous qu’une image artificielle, vitrine de nous-même, afin de ne pas être confronté à notre solitude, c’est à dire à la réalité de notre condition d’être vulnérable et mortel.
Agir uniquement pour être apprécié des autres revient à nous faire prisonnier des jugements de valeur d’autrui forcement subjectifs.
Pourquoi acquérir une image artificielle faussement valorisante de nous-même de la part de la société, alors qu’il est si difficile de connaître quelqu’un? Qui nous connait?
N’est-ce pas là une source éternelle de conflits et de frustration individuelle?
Connaître quelqu’un n’a un sens, à la rigueur, que pour deux personnes qui ressentent l’établissement d’un lien particulier permettant l’accès à une co – naissance, autrement dit, la naissance, l’accession à une nouvelle dimension dans l’échange et l’appréhension de l’autre.
Accepter de donner, sans chercher à recevoir, travailler sa créativité en cherchant à donner ce que l’on peut pour participer à une action d’entraide auprès des autres humains afin de mieux vivre, bref, nous « entrevivre » comme dirait ce cher Jacques Prévert, n’est-ce pas un peu la clé du bonheur? 

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